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Après sa libération, Abdallah Adamou nargue Maroua

Sorti à bas bruit des geôles du SED, le négociateur attitré des libérations d’otages des mains de Boko Haram a paradé le long de quelques artères de la ville le 28 septembre dernier

« Oh salut, les gars, je suis là ! » C’est avec ces mots, que les populations de Founangué (Maroua 3ème) ont été surprises de la présence dans la ville d’Abdallah Adamou. Interpellé et incarcéré depuis mars 2016, l’homme respire de nouveau le grand air depuis le 21 septembre 2016. Le « négociateur attitré des libérations d’otages de Boko Haram » semble avoir tenu à le faire savoir. En organisant lui-même son propre show ce 28 septembre 2016 dans les rues, il a mesuré son aura dans la capitale régionale de l’Extrême-Nord. Partout, le plus croustillant dans ce tour de ville c’est l’effet de curiosité entretenu par quelques-uns parmi ses hommes de main. Harnaché dans un boubou blanc, le sourcil relevé, un casque bonnet enfoncé sur le crâne, Abdallah Adamou (natif du Mayo-Louti dans le Nord-Cameroun) s’applique au « jeu » à l’arrière de sa cylindrée, apparaissant comme un homme en pleine forme et sympathique. Contrairement à ce que l’on savait de lui: « Cet homme de la quarantaine a imposé sa silhouette business dans l’Extrême-Nord, où il a grandi. Partout, il joue à fond cette carte. Sa voix, reconnaissable à son timbre légèrement éraillé, entretient un détachement constant par rapport aux gens de la «basse classe ». Seulement, le désormais ex-détenu n’a pas eu de nerf pour électrocuter toutes les formules stigmatisantes et les idées nauséabondes. « Revenir en posture de visiteur impudique dans une localité qui le connait particulièrement a, à mon avis, un message », analyse un anonyme, non loin du Pont Vert. Un gendarme dit qu’ « il n’y a pas lieu d’en être fier » tout à côté.

Dans l’ensemble, c’est une ville taiseuse. Pas de grande foule. Et même si l’extravagance de sa « caisse » réussit à attirer quelque attention, ici, la libération du « facteur de Boko Haram » jette une lueur implacablement opaque sur ses modalités. « Finalement, on ne saura jamais dans quelles proportions son innocence est établie », s’efforce de dire un fonctionnaire. Beaucoup d’autres s’entassent dans des milieux fermés pour en parler. Pour ceux-là, les discussions s’éternisent sur le carnet d’adresses de Abdallah Adamou. Son arrestation en avril dernier tout comme sa libération ont obéit à un cadrage médiatique, constate-on.

Dans les milieux sécuritaires de la région, on peut vérifier que les uns et les autres ont le sentiment d’avoir été tournés en dérision. On retient, entre une multitude de détails émouvants, la langueur des soupirs de quelques officiers et hommes de rang. « A propos de la mise en liberté de ce monsieur, seul Yaoundé peut se prononcer. Mais pour moi, c’est de la provocation », étale un adjudant du Bataillon d’intervention rapide (BIR). Plein d’anecdotes sur la scène d’arrestation Abdallah Adamou, le discours de ce soldat finit par atteindre une telle agressivité qu’un vieux débat s’en trouve relancé : « Qui est réellement le relais de Boko Haram au Cameroun quand on arrête.On laisse.On arrête.On laisse ! Or, tous savent qu’avec lui et par lui, Boko Haram a attaqué, tué, enlevé et quelques fois libéré ».

Passif


Pourtant, en avril 2016, au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) de Yaoundé (où était détenu Abdallah Adamou), bien des éléments constituaient la force du dossier. On affirmait alors : « nous avons été confortés dans cette arrestation par la confrontation des éléments obtenus à partir des enquêtes menées par le parquet de Paris et de celles menées par nos soins en interne. Tous retournent le couteau dans l’implication des nationaux dans les kidnappings de 2013 dans la Région de l’Extrême†Nord ». Les enquêtes montraient qu’outre l’enlèvement du père Georges Vandenbeusch (à Nguetchewé dans l’Extrême†Nord du Cameroun, dans la nuit du 13 au 14 novembre 2013), Abdallah Adamou se révélait être un pion essentiel dans les kidnappings généralement attribués à la secte Boko Haram. Des indices l’impliquaient dans le rapt de la famille Fournier à Dabanga en avril 2013. Dans ce registre, des investigations conjointement menées par les Services spéciaux camerounais, nigérians, et la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) de France étaient unanimes : « En territoire camerounais, le Père Georges Vandenbeusch et les Fournier n’ont jamais été enlevés par Boko Haram ». Cette conclusion était contenue dans un rapport remis aux autorités françaises par la DCRI le 14 mars 2016.


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