Alain Sibenaler: «Face aux enjeux, les jeunes ne peuvent attendre»

Par Idriss Linge - 03/11/2011

Le représentant résidant du Fnuap au Cameroun revient sur les défis et opportunités que représente le fait pour le monde d’avoir 7 milliards d’habitants

 

Depuis quelques jours, le monde a franchi la barre symbolique de 7 milliards d’habitants, un rapport a été rendu public à cet effet, quelles leçons doit en tirer concrètement un pays comme le Cameroun?
Le rapport 2011 nous fournit des tendances générales observées à travers le monde : Si nous éduquons et donnons la possibilité aux filles et aux femmes d’avoir moins d’enfants que leur mamans et leur grand-mères, elles font ce choix partout et à chaque moment qu’elles le peuvent. Il est impératif d’impliquer de façon consistante et continue les garçons et les hommes en tant que partenaires critiques pour la santé et le développement. Face aux défis posés par un monde de 7 milliards, nous devons agir ! Pour réduire les inégalités et améliorer les niveaux de vie de tous les vivants – aussi bien que des générations futures –, de nouvelles manières de penser et une coopération encore sans exemple au niveau mondial seront nécessaires. Chacun des neuf pays analysés dans le rapport voit dans ses tendances démographiques spécifiques, non seulement de sérieux défis, mais aussi d’immenses possibilités, des opportunités d’exploiter ces tendances pour obtenir des effets positifs. Des pays tels que l’Ethiopie et l’Inde ont lancé des campagnes pour mettre fin aux mariages précoces et prévenir les grossesses qui menacent le pronostic vital chez les adolescentes. On retrouve les mêmes défis et les mêmes possibilités au Cameroun avec ses 20 millions d’habitants.

Dans le cadre du lancement de ce rapport, vous avez choisi de sensibiliser au Cameroun par la musique et à travers des personnalités connues de la population, comment est née l’idée de procéder de cette manière?
Cette idée est née d’un constat : la musique occupe une place importante dans les habitudes de communication au Cameroun. Elle permet de véhiculer des messages à toutes les couches de la population et dans toutes les régions. Ensuite le projet a été parrainé par trois grands ministères à savoir le ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire, le ministère de la santé et le ministère de la promotion de la femme et de la famille.

 

© Journalducameroun.com
Alain Sibenaler, représentant résidant du Fnuap au Cameroun

Quel est le message que vous avez choisi de diffuser et quelles sont les cibles que vous envisagez d’atteindre?
Le message principal de la chanson est « qu’aucune femme ne doit mourir en donnant la vie » et que tout le monde est concerné. Tout le monde a un rôle à jouer ! Il s’adresse donc à toute la population sans distinction d’où l’utilisation des principales langues nationales pour être sûr d’atteindre ces cibles.

Le gouvernement représenté par le ministre délégué auprès du ministre en charge des questions économiques a semblé placer l’accroissement rationnel de la population camerounaise comme un objectif de développement. Avec 20 millions d’habitants, le Cameroun est-il si peuplé que ça?
Oui, la population du Cameroun a même dépassé les 20 millions d’après le dernier recensement général de la population et de l’habitat. Il sera primordial d’intégrer les dimensions démographiques (structures de l’âge, mortalités, migrations, urbanisation) dans tous les processus de planification et de développement. Ceci passe – entre autre – par une politique d’aménagement du territoire.

Une des opportunités que l’on attribue souvent au Cameroun est sa forte jeunesse et le dynamisme de celle ci, qu’est-ce qui fait problème finalement, pourquoi ne parvient-on pas toujours selon vous, à transformer cette opportunité en développement réel?
Nous avons la possibilité et la responsabilité d'investir dans les adolescents et les jeunes du monde entier âgés de 10 à 24 ans, au nombre de 1,8 milliard. Ils constituent plus d'un quart de la population mondiale et près de 90 % d'entre eux vivent dans les pays en développement. En tant que groupe d'âge le plus interconnecté, les jeunes sont déjà en train de transformer la société, la politique et la culture. En impliquant plus activement les femmes et les jeunes, nous pouvons construire un avenir meilleur pour toutes les générations. Au Cameroun, les jeunes ont un poids démographique (34, 7% de Camerounais ont entre 15 et 34 ans). Leur dynamisme et leur esprit d’innovation sont un puissant catalyseur du développement national. Cependant, ils ne peuvent investir leur plein potentiel dans la construction du pays à cause des multiples fléaux auxquels ils sont confrontés à savoir entre autres, le chômage, la menace du VIH et SIDA, les grossesses précoces et non désirées, l’accès limité à l’instruction, à l’éducation et à la formation, la prostitution, la toxicomanie, l’analphabétisme, l’exclusion sociale, la délinquance. Il faut également relever que lorsque les jeunes essayent de faire entendre leur voix, on ne les écoute pas toujours ; il y en a qui ne tiennent pas compte de leurs opinions, qui leurs disent qu’ils ne sont pas prêts, qu’ils devraient attendre tranquillement leur tour. Mais je pense que lorsqu'il s'agit des problèmes que les jeunes doivent affronter, ils n’ont tout simplement pas le temps d'attendre tranquillement. J'ai la conviction que chaque jeune camerounais est prêt, ici et maintenant, à commencer à s'atteler à ces problèmes. Aujourd'hui, la question que chaque jeune camerounais devrait se poser est la suivante : Quelle sera ma contribution en tant que jeune au développement de mon pays et de l’Afrique dans un monde de 7 milliards d’habitants ? Certes, cette question s’applique aux jeunes de n'importe quel pays, de n'importe quel continent. De la même manière, les exemples de succès des jeunes des autres pays pourraient être répliqués au Cameroun. Mais comme vous le savez, je suis adepte de regarder d’abord sur ce qui se passe au Cameroun, et de mettre en valeur les idées et projets, les solutions, l’esprit critique et l’innovation camerounaises.

Un de vos axes d’intervention prioritaire au Cameroun est celui relatif à la lutte contre la mortalité maternelle, quel est l’impact de cette situation sur le développement humain au Cameroun et quels sont les objectifs chiffrés que vous vous fixez dans ce domaine?
Dans les pays en développement dont le Cameroun, la santé des femmes revêt une importance économique capitale. Les femmes représentent plus de la moitié de la main-d’œuvre agricole. En Afrique, elles font pousser 80% des cultures vivrières de base. Une femme qui meure des suites d’un accouchement difficile constitue une perte importante. Notre objectif est de réduire la mortalité maternelle de 2/5e d’ici 2015.

Pour revenir à la sensibilisation sur la femme enceinte, comment est ce qu’elle va s’effectuer, aura-t-on droit à des spots diffusés ou alors les CD feront l’objet de distribution ou de vente?
La chanson sera disponible gratuitement sur Youtube et sur notre site Internet (http://countryoffice.unfpa.org/cameroun ).

Que peut attendre le Cameroun (populations, gouvernement et société civile) de l’UNFPA, dans le cadre des défis auxquels il doit faire face en raison de l’accroissement de la population mondiale?
Le Cameroun ne doit rien attendre mais au contraire agir pour faire face à ses propres défis.

 



A savoir

  • Fnuap: fonds des nations unies pour la population


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