Cameroun: Père Jean – Baptiste Beraud, jeune prêtre de 90 ans!

Par Père Jean – Baptiste Beraud - 06/07/2012

Parcours du Père Jean – Baptiste Beraud, sous sa plume himself. Parcours contenu dans son «Homélie - testament des 90 ans»

 

Dieu nous parle par sa parole. Nous avons écouté deux textes de la Bible. Laissons-nous nous imprégner d’une brève pensée de chacun. Le premier texte est de Ben Sirac le Sage, sans doute un homme déjà âgé qui relit sa vie sous le regard de Dieu, quelque deux siècles avant Jésus Christ. Nous pouvons retenir de lui des choses simples: « Au pauvre, tends la main, pour que tu sois pleinement béni…. N’hésite pas à visiter les malades… » (7, 32,35). Le texte de l’Evangile nous est connu. Nous n’y pensons pas assez pour rencontrer et vivre davantage du Christ. Pourtant, c’est toute notre foi qui est en jeu. « Ce que vous faites au plus petit des miens, c’est à moi que vous le faites… » (Mt 25, 40). Tu es jeune salésien, tu veux vivre de lui dans ton diaconat de la semaine prochaine, dans ton nouveau sacerdoce dans quelques jours, relis ce texte. Ce que tu fais aux autres, c’est cela qui compte, car c’est au Christ que tu le fais. Ne te perds pas dans des multiplicités d’examens de conscience. Regarde  ta sœur et ton frère comme le Christ les regarde. Aime-les comme Lui les aime. Tu es journaliste. N’accepte pas d’écrire n’importe quoi. Chaque fois que tu dis la vérité, tu parles des hommes comme le Christ en parlait. Tu es coiffeuse, vendeuse, esthéticienne. Tu es contente de travailler. Tu es un jeune qui a pu apprendre un métier. Tu es heureux de pouvoir l’exercer. Fais-le avec dignité et respect pour tous ceux que tu rencontres. Quand tu les accueilles, c’est le Christ que tu accueilles. Tu es jeune citoyen, jeune citoyenne dans ton pays. N’aie pas peur d’affirmer ta dignité. Le Christ est toujours avec toi pour proclamer que Dieu a fait la femme et l’homme à son image. Il les a créés pour vivre dans la liberté. Tout ceci est Parole de Dieu.


 

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Père Jean Baptiste Béraud

Mais Dieu parle aussi dans nos vies. Evoquons quelques dates. Je devais avoir 13 ans. 1935. Mon grand-père, Gilbert Beraud, ouvrier - maçon pour les grandes usines métallurgiques qui s’installaient alors dans la vallée du Gier, entre Lyon et St Etienne, était connu par les travailleurs et par l’Eglise. Les grands patrons qui venaient s’installer dans la région avaient vite repéré ce meneur. Sous prétexte d’usines à construire en Italie, on l’avait expédié avec sa femme et ses dix enfants vers Savone, dans la région de Gênes. Tout petit, chez les grands parents, j’entendais parler de l’Italie où les garçons, dont mon père Fleury, avaient, autrefois, là-bas, été inscrits à l’école des salésiens. Les deux filles y étaient chez les salésiennes. Mais pour les dirigeants de la métallurgie française, ils éloignaient ainsi un des premiers syndicalistes de la région qui avait tout seul appris à haranguer les ouvriers de la vallée. Ce soir-là donc, en 1935, en plein été, avec mes 13 ans, je suis en vacances. Je viens de finir la 3e chez les salésiens de notre école du Château d’Aix, à quelques 80 kilomètres de ma petite ville natale de Lorette. Il me reste deux ans pour le bac. Je suis chez le grand-père. Nous parlons des événements. Il y a deux ans, en 1933, Hitler a pris le pouvoir dans l’Allemagne voisine. Mussolini l’avait précédé en Italie. Tout à coup, le grand-père me regarde. « Petit, tu étudies, tu sais déjà ton Histoire mieux que moi. Il y aura longtemps que les os de Mussolini et de Hitler pourriront dans la terre qu’il y aura encore des curés et des papes. » Mots décisifs pour ce travailleur chrétien de l’époque de proclamer : « Je crois en l’Eglise catholique». Cette parole m’est revenue souvent au cours de mes années. M’est revenu aussi ce témoignage musclé d’une foi qui ne voulait reculer devant rien. Il m’a été transmis à Marseille, lorsque j’étais jeune stagiaire chez Don Bosco. Ce sont les années 1942-43. L’archevêque était alors, Mgr Delay, né dans cette même petite bourgade de Lorette tout comme moi. Il y avait même été vicaire, et il se souvenait : « 1905, me dit-il. C’est, pour toute la France, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le maire de Lorette croit bon d’empêcher la procession du St Sacrement, pour obéir aux nouvelles décisions nationales. Je vois encore ton grand-père, alors en pleine forme de jeune père de famille. Il vient nous voir au presbytère, et nous dit : « Faites la procession comme d’habitude. Nous passerons. » Le Saint Sacrement passa cette année - là dans les rues comme les années précédentes. Malgré l’ordre municipal, la police préféra ne pas intervenir. Ton grand - père avait mobilisé ses plus grands fils et de nombreux amis. Le Seigneur passait dans les rues, escorté de dizaines de jeunes hommes, tous recueillis, mais tous, aussi, armés de solides gourdins. » La foi d’un peuple a bien des façons de s’exprimer contre des lois injustes.

 

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1949. Ordination sacerdotale le 29 juin. Je suis envoyé à Toulouse. Le Père Provincial de Lyon, le Père Bérichel, le même qui enverra quelques années plus tard les trois premiers salésiens français à Pointe Noire, m’appelle : « Vous avez souvent demandé de pouvoir être avec les jeunes travailleurs. Allez-y. A Toulouse, le Père Curé vous attend. Vous pourrez y lancer la JOC. René Gaudillère, curé salésien de la Paroisse, m’encourage à entrer dans les cafés de ce quartier populaire pour y rencontrer jeunes gens et jeunes filles. Une phrase chante toujours dans mon cœur : « J’ai là un peuple préparé pour moi. Vas-y sans crainte… » (Ac 18, 10) Nous verrons des vocations de jeunes militants ouvriers chrétiens s’épanouir. Ils transformeront en fêtes familiales des soirées du quartier devenues de véritables beuveries. M. le Ministre des Télécommunications viendra de Paris pour saluer les jeunes postières qui seront les premières à demander une pause et des locaux pour prendre leur repas convenablement. Les jeunes ouvriers de Sud Aviation obtiendront de meilleurs horaires. L’action de ces jeunes pour leur dignité leur faisait découvrir l’amour de Dieu pour chaque personne. Elle les faisait vivre de Dieu. Et se multiplieront ces jeunes qui viendront dire : « En cette messe du 1er mai, Fête du travail, j’ai refait ma première communion.» Mais pour moi, la plus grande surprise me viendra de Daniel Angleraud. Jeune dirigeant national de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, il passait souvent visiter nos groupes. En 1968, dans cette crise qui emporta autour de nous de nombreux prêtres, il vint un jour me dire : « Jean Baptiste, si un jour, tu as toi aussi envie de sortir de ta congrégation, il faut que tu saches que nous, on a besoin que tu y restes. » Dieu parle d’où il veut. S’il faut des prêtres pour susciter des laïcs, il est clair aussi que les prêtres sont portés par l’engagement apostolique des laïcs. Dieu se sert d’eux aussi pour parler à son Eglise, et parfois pour dire au prêtre ce qu’ils doivent faire. 1973, coup d’Etat au Chili. Un jeune d’un des groupes de la paroisse salésienne vient d’être arrêté. Mgr Piñera, archevêque de la Serena, et Président de la Conférence épiscopale, me dit : « Va de ma part à telle maison. On dit qu’ils y ont des prisonniers. Peut-être s’y trouve ce jeune. » Pas trop d’hésitation, puisque c’est l’évêque qui m’envoie. La nuit est largement tombée, quand un taxi m’amène sur les lieux. Devant moi, le scénario de la terreur et de la peur. De grosses lumières se braquent sur moi et m’éblouissent. Trois jeunes hommes sont devant un portail blindé avec leur mitraillette. Je parle avec celui qui est au centre : « Je viens de la part de l’évêque. Je viens voir si le jeune Pablo est chez vous. » « Il n’y a personne ici. Dites à votre évêque que je suis chrétien moi aussi. » « S’il n’y a personne, je repars, mais puisque vous êtes chrétien, si vous avez ce jeune, libérez le, c’est l’évêque qui vous le demande». Je suis reparti. Le lendemain matin, vers 7 heures, le commissariat du quartier nous téléphonait : « Venez chercher un jeune qu’ils viennent de nous amener ! » C’était bien le jeune de chez nous. Quel souffle avait donné la force à ce milicien de la Dictature pour écouter l’appel de son évêque ? Pablo nous revenait assez abimé, mais il revenait.

Oui, Don Bosco nous a fait vivre la vie de l’Eglise et celle du monde. 2 avril 2000, je réponds à l’insistance du Père Miguel Olaverri, qui m’invite à venir au Cameroun. Quelques années plus tard, des jeunes étudiants de l’Université sont arrêtés, emprisonnés dans les locaux du Sed, suite à une marche pacifique. Le nouveau Provincial, José Antonio Vega m’envoie au tribunal apporter silencieusement une présence d’Eglise à ces jeunes menacés. Cette visite ne fut pas appréciée de tout le monde. Mais la presse salua (je cite) « les salésiens de Don Bosco qui ont été en première ligne pour défendre ces jeunes ». Tel ou tel de ces journalistes est ici aujourd’hui. Dieu était dans leur geste. Don Bosco les remercie. Ils ont dit la « Bonne Nouvelle», ce qui veut dire aussi « évangéliser». Vous autres, amis journalistes, vous n’êtes sans doute pas pour rien dans la décision du Père Vega qui me dit après ces événements : « Dis à ces jeunes qui ont été arrêtés de venir me voir. » Il a tenu à les recevoir dans son bureau. Une façon de dire à ceux qui pourraient en douter : « Un seul de nous est allé leur apporter son amitié au tribunal, mais c’est bien toute une Congrégation qui l’accompagnait ce jour-là. » Dieu nous parle de bien des façons dans cette vaste Famille salésienne. A nous d’être un peu plus attentifs quelquefois à ces multiples messages. O Jésus de ma petite enfance, toi que je me plaisais à déplacer dans la crèche que nous faisait chaque année le papa, je te dis merci. Merci, O mon Christ de mes études de théologie dont les recherches de de Lubac et de Theillard de Chardin, dans les années 44 se mêlaient à la Joc naissante qui laissait déjà ses premiers martyrs dans les camps nazis. Merci à Notre Dame auxiliatrice et à saint Jean Bosco qui ont accompagné tous nos chemins. O Christ qu’as-tu fait de nos vies. ! Continue sur nos routes ! Dieu soit loué. Amen ! Alléluia



A savoir

  • Le prêtre salésien de Don Bosco a célébré le 90ème anniversaire de sa naissance le 23 juin 2012 au Théologal Saint Augustin de Nkol – Afeme, dans la banlieue ouest de Yaoundé. Les festivités étaient notamment marquées par une messe d’action de grâce et le partage fraternel des agapes. Dans le calendrier salésien, la journée était placée sous le signe de la sainteté de Don Joseph Cafasso, « un prêtre qui a aidé Don Bosco à se former durant ses premières années de sacerdoce. Il l’initia en particulier à visiter les jeunes en prison. Le pape Pie XI qui le béatifia lui donna le nom de « prêtre des prisonniers ».


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