Lions indomptables: L’instabilité s’inscrit dans la durée pour les coachs
Par Etienne Fréjus Tchana - 01/10/2012
En une décennie, le Cameroun a usé de sept sélectionneurs, la faute au manque de résultat et surtout à un environnement fait d’intrigues
Depuis le jeudi 13 septembre, c'est à Jean-Paul Akono que revient le redoutable honneur de mener la sélection camerounaise vers la qualification pour la Can 2013. Pour cela, les Lions indomptables devront effacer le 14 octobre prochain leur défaite du 8 septembre à Praia face au Cap Vert 2 à 0. Une défaite coup de massue lors du match aller du dernier tour éliminatoire qui a donc coûté sa place à Denis Lavagne. En effet, le technicien français a été suspendu de son poste de sélectionneur par le ministre des Sports Adoum Garoua, lui-même. Jean Paul Akono qui de son propre avis a été nommé grâce à la volonté du président de la République du Cameroun sera secondé dans son poste de sélectionneur par Martin Ndtoungou Mpile, qui occupait déjà le poste d’entraîneur adjoint aux côtés de Denis Lavagne. L’on se souvient que le 26 octobre 2011, quelques jours après s’être séparé de Javier Clemente, sans avoir tiré les leçons de l’élimination du Cameroun à la Can 2012, la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) a trouvé un successeur au technicien espagnol : le Français Denis Lavagne avait été intronisé en tant que sélectionneur des Lions indomptables avec pour principal mission : Qualifier les Lions pour la Can 2013. L’ex-manageur général du Coton Sport Garoua devrait également bien entamer les éliminatoires pour la Coupe du monde 2014. Une mission qui avait déjà été confiée au technicien espagnol Javier Clemente. C’est que le 13 août 2010, l'ancien sélectionneur espagnol avait été nommé sélectionneur du Cameroun et il était assisté par des anciens internationaux François Omam Biyick et Jacques Songo'o. Mais, a cause des ses schémas de jeu ultra défensifs, le Cameroun échoua sur le chemin de la Can 2012. Il quitta le Cameroun sur la pointe des pieds. Le basque avait remplacé le français Paul Le Guen, dont le contrat s'était achevé au terme du Mondial 2010 au cours duquel le Cameroun avait enregistré trois défaites sur trois rencontres.

Les entraîneurs des Lions du Cameroun depuis 1990
Injustice
En effet, depuis 2002, on n’a plus jamais retrouvé le bien nommé Dream team des Lions indomptables. Peu après les JO de Londres 2000, Pierre Lechantre, qui avait grandement contribué à bâtir cette Dream Team avait été prié de quitter l’équipe fanion du Cameroun. Sur la route du retour au Cameroun, après la médaille d’or remportée à Sydney, les Lions ont fait trembler les Bleus (1-1). Mais certaines personnalités, à l’instar de Roger Milla et Bidoung Mkpatt n’avaient pas hésité à monter les intrigues pour faire partir le technicien français, alors que celui-ci avait engagé de façon brillante les éliminatoires de la Coupe du monde 2002, infligeant à chacun de ses adversaires au moins trois buts. Jean Paul Akono, le médaillé d’or des JO de Sydney avait été ainsi propulsé, par intérim, à tête des Lions à la désapprobation quasi-générale du public qui criait à l’injustice. Dès ce jour, un premier ressort des Lions s’est brisé. Winfried Schäfer, qui a pris les commandes après la parenthèse Jean Paul Akono se contente de gérer l’héritage de Pierre Lechantre. Le Cameroun remporte la Can 2002 au Mali. Lors de la Coupe du monde 2002 au Japon et en Corée, la participation du Cameroun tourne au fiasco. La faute est la mauvaise gestion des questions administratives et financières. Et à la Can 2004 en Tunisie, le Cameroun, se fait éliminer par le Nigeria en quart de finale. Après un départ calamiteux aux éliminatoires Couplées Can/Coupe du monde 2006, Winfried Schäfer est limogé au mois de novembre 2004 au soir d’une sévère défaite en Allemagne (0-3), en match amical. Dans la foulée, Artur Jorge a été intronisé nouveau sélectionneur du Cameroun par le ministre en charge des Sports de l’époque Philippe Mbarga Mboa. Il nomme également comme préparateur psychologique Yannick Noah. Et dans ce nouvel organigramme, Patrick Mboma joue le rôle de médiateur. Le portugais n’a pas choisi la facilité. Avec quatre points de retard sur la Côte d’ivoire, l’avenir du Cameroun ne dépend pas seulement de lui. Il doit remporter cinq matches et espérer un faux pas des Eléphants. Un nul fatidique le 8 octobre 2005, va contrainte les Lions à regarder le Mondial allemand 2006 à travers le petit écran. A la suite de l’élimination du Cameroun en quart de finale de la Can 2006 au Caire, par la Côte d’ivoire, après les tirs au but, Artur Jorge s’en était allé.

Jean Paul Akono dérogera t-il à la règle des séjours éclairs à la tête des Lions ?
Stabilité
Jules Nyongha a géré une période de flottement de trois mois et a vu arriver le néerlandais Arie Hann, un de ses camarades de promotion lors de sa formation en Allemagne, en 1986, comme entraîneur... qui a été renvoyé avant la fin de son initiation. Après six mois à la tête des Lions, et un bilan mitigé, c’est de son pays que le technicien batave enverra sa démission. Jules Nyongha adjoint de deux précédents techniciens, assurera l’intérim jusqu’en octobre 2007, au terme d’une campagne éliminatoires de la Can 2008, menée avec succès par le technicien camerounais. A la veille de la Can ghanéenne, contre toute attende, Otto Pfister est nommé sélectionneur des Lions par le ministre des Sports de ce moment là, Thierry Augustin Edjoa. Après une finale atteinte sur les terrains ghanéens et une première phase des éliminatoires mal entamée, le technicien allemand sera contraint de démissionner. Dans une solution bien camerounaise, Thierry Augustin Edjoa nomme «un collège» d’entraîneur au chevet des Lions. Thomas Nkono, jusque là entraîneur des gardiens de buts, chapeaute le groupe de techniciens. Le 7 juin 2009, le Cameroun enregistre un nul face au Maroc à Yaoundé et pointe désormais dernier de son groupe. Le 27 juillet 2009, par la volonté de la présidence de la République du Cameroun Paul Le Guen signe un contrat en grande pompe de cinq mois, avec pour mission de qualifier l'équipe du Cameroun pour le Mondial sud africain. Une mission qu’il réussira. Ce qui poussera, le jeudi 17 décembre 2009, les autorités en charge du football camerounais de renouveler de six mois le contrat du technicien français. Mais, à la Can angolaise et au Mondial sud africain, il échouera. Au moment où les grandes nations de football brillent par leur stabilité, le Cameroun est à son septième entraîneur en 10 ans. Jean Paul Akono qui n’a même pas de contrat dérogera t-il à la règle des séjours éclairs à la tête des Lions ?

