Grippe aviaire: la vente de poulets continue malgré une mesure d'interdiction

Par Xinhua - 27/06/2016

Depuis un mois, cette interdiction en vigueur dans plusieurs villes du Cameroun, dont la capitale Yaoundé, est peu suivie par le marché de consommation

 

Depuis un mois, la vente du poulet et des dérivés est interdite dans plusieurs villes du Cameroun dont la capitale Yaoundé à cause de l'émergence de la grippe aviaire, une mesure peu suivie par le marché de consommation qui, profitant du laxisme de l'administration, se montre plus excité par des informations faisant état d'une trêve dans la circulation du virus.

La capitale du pays d'Afrique centrale avait été le point de départ de la maladie, suite à un constat de présence révélé mi-mai par les autorités de l'influenza aviaire, le virus de la grippe aviaire encore connu sous le nom de H5N1, au Complexe avicole de Mvog-Betsi, une ferme publique dans un quartier de la ville.

Alors que les pouvoirs publics avaient ordonné l'interdiction de vente du poulet et ses dérivés dans cette ville et l'ensemble du département du Mfoundi, dont elle est aussi le chef-lieu, de nouveaux foyers de contamination ont par la suite été détectés d'autres localités camerounaises, comme Ebolowa (Sud), ou encore Bafoussam et Bayangam (Ouest).

Dans un souci de stopper l'évolution de la circulation du virus et éviter une épidémie aux conséquences économiques désastreuses pour la filière, déjà confrontée à une situation similaire en 2006, le gouvernement n'a pas hésité à étendre sa mesure de fermeture des marchés au commerce de la volaille jusqu'à Douala, la métropole économique.

Pris de panique, le marché de consommation, lui, s'est en revanche vite ressaisi et a ramené le produit prohibé en les réaménageant, pour ne pas attirer l'attention des équipes de contrôle d'une administration laxiste et députée corrompue, dans ses circuits d'approvisionnement ordinaires.

Fait marquant, ce choix qui n'est pas sans risque s'est opéré avec la complicité des consommateurs, qui digèrent mal de perdre l'accès à un de leurs aliments préférés.

Aussi, une certaine opinion a véhiculé la thèse d'une crise artificielle créée pour permettre de rouvrir le marché aux importations, suspendues depuis des années, de poulets dits "congelés" (vendus nettoyés et prêts à la consommation) de l'étranger. Des allégations rejetées par l'Interprofession avicole du Cameroun (IPAVIC).

"Il faut beaucoup d'émotion dans cette affaire-là. Le virus est là, en fait il faut réellement travailler pour bien sensibiliser la population", a souligné Blaise Kamdoum, vice-président de cette organisation qui regroupe en sein plus d'un millier de producteurs de poulets indépendants, sur 2.500 à 3.000 déclarés sur l'ensemble du territoire camerounais.

 

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La gestion de la menace par les pouvoirs publics eux-mêmes n'a pas aidé à la prendre au sérieux par la population. En cause, le manque de moyens financiers, observe M. Kamdoum.

C'est une remarque juste, qui ne permet cependant pas de faire oublier que la déclaration de la maladie au Complexe avicole de Mvog-Betsi avait été tardive, de sorte qu'une partie des poulets contaminée s'était retrouvée en vente dans les marchés, selon l'IPAVIC.

Par ailleurs, après cette annonce, il a fallu attendre plusieurs jours pour voir les équipes du ministère de l'Elevage, des Pêches et des Industries animales se déployer pour une désinfection discutable des marchés.

En outre, la proposition faite à l'administration par l'IPAVIC d'effectuer des prélèvements en vue des analyses de laboratoire et se faire une idée sur la situation dans les fermes officiellement épargnées par le virus n'a pas été prise en compte, confie celle-ci.

"Ce n'est pas facile de bloquer 800.000 poulets dans les fermes et continuer de les nourrir. Le respect de la décision d'interdiction n'a pas été aisé. Même les consommateurs viennent inciter les producteurs à vendre, faisant accroître le risque de propagation du virus", observe toutefois Blaise Kamdoum, qui écarte cependant l'éventualité de la reprise des importations de poulets.

Comme en 2006 où le virus H5N1 avait fait son apparition par le biais de deux canards découverts morts dans le Nord du pays, la rapide progression de la maladie dans plusieurs villes n'a pas provoqué une épidémie. Aucun cas de contamination humaine n'a été déclaré.

Depuis deux semaines, aucun nouveau foyer de contamination n'a été enregistré, une lueur d'espoir pour la filière.

"Le fait qu'on n'a pas déclaré de nouveau foyer est une bonne nouvelle. Ça rassure", se réjouit le vice-président de l'IPAVIC, qui se projette déjà comme l'ensemble des membres de cette organisation et les autres producteurs indépendants vers la levée de l'interdiction de vente poulet et ses dérivés.

Mais, prévient-il au demeurant, « pour arriver à la levée de cette mesure, il faut être sûr que la maladie ne circule plus réellement ».
Autrement dit, avoir la certitude que la menace a été jugulée.

Une des filières de production nationales en vue, le marché de consommation du poulet du Cameroun représente quelque 70 milliards de francs CFA (environ 140 millions de dollars) d'investissements et environ 400 milliards de francs (800 millions de dollars) de chiffre d'affaires annuel, selon les estimations.

En plus des besoins locaux, ses produits sont aussi écoulés dans des circuits d'exportation, dont ceux à destination du Nigeria, pays voisin de quelque 170 millions de consommateurs et première économie d'Afrique.





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