Cameroun: tristesse chez les athlètes rentrés bredouilles des J.O de Rio 2016

Par Josiane Kouagheu, contributrice Le Monde Afrique - 25/08/2016

Des athlètes et leurs encadreurs croisés à l’aéroport international Gnassingbé-Eyadema de Lomé au Togo, pendant une escale, retournent au Cameroun les traits tirés par la déception et la fatigue

 

Visage fermé, sourire crispé, Dieudonné Wilfried Seyi Ntsengue a du mal à masquer sa peine. Il avance à pas lents, le dos légèrement voûté. «Les jeux olympiques ont été durs, je suis déçu. Je n’ai pas pu gagner une médaille, avoue à voix basse, le boxeur qui concourait dans la catégorie des moins de 75 kg. Je savais qu’en tant que porte-étendard du Cameroun, on comptait beaucoup sur moi.»

Le champion d’Afrique a pourtant bien commencé la compétition à Rio, en battant dès son premier combat, le 9 août, le colombien Vivas Jorge Luis, réalisant ainsi la première victoire camerounaise lors de cette 31e édition des Jeux olympiques. Mais, le jeune boxeur, âgé de 18 ans, s’est incliné au second combat.

Tous rentrent bredouilles
Il y avait 24 athlètes dans la délégation camerounaise à Rio. Ils participaient à six disciplines : boxe, athlétisme, volley-ball féminin, judo, lutte et haltérophilie. Au final, tous rentrent bredouilles, sans médailles dans leurs valises.

Ce 23 août à l’aéroport international Gnassingbé-Eyadema de Lomé au Togo, le reste de la délégation camerounaise (athlètes et coachs), à l’exception des volleyeuses rentrées plus tôt, est en escale. Leur mine fatiguée n’efface en rien leur «déception», leur «peine» et leur «tristesse».

 

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À 31 ans, Ali Annabel Laure, championne d’Afrique, a obtenu le meilleur résultat camerounais des jeux en s’alignant à la 5e place mondiale dans la lutte libre chez les moins de 75 kg. «Sans regrets, j’ai donné tout ce que j’avais à donner. J’étais à la finale de bronze. J’ai perdu face à la russe Ekaterina Bukina, championne du monde», soupire l’athlète.

«Les JO se préparent en quatre ans»
Si les sportifs rencontrés expriment des «regrets», ils pensent cependant que leur préparation « tardive et précipitée », a été en partie responsable de leur échec. «Je venais aux jeux pour gagner une médaille. J’ai pu arriver en finale et j’ai terminé 12e. J’ai battu le record du Cameroun qui est mon record personnel en passant de 17,76 m à 17, 92 m. C’est une satisfaction, assure Auriole Dongmo, lanceuse de poids. Les jeux olympiques se préparent en quatre années, pas en deux mois. Pour moi, je ne me suis pas bien préparée ! Je pense qu’il faut relever le niveau de préparation au Cameroun.»

«Nous ne faisons pas de stages. Il nous manque toujours ce petit truc à la fin, regrette, amer, Clément Mbarga, l’un des entraîneurs de la délégation camerounaise. Je pense que les autorités qui étaient à Rio l’ont vu. Il ne faut pas trouver des gens pour participer à la compétition. Il faut former les athlètes pour la compétition. On met de l’argent pour participer au lieu de le mettre pour la formation.»

Pour cette participation camerounaise aux jeux olympiques de Rio, près d’1,5 milliard de francs CFA (2 millions d’euros) a été débloqué, ont annoncé les médias locaux. Une «somme énorme » qui étonne et courrouce les athlètes à l’aéroport. « Avec tout cet argent, on aurait dû faire des stages durant quatre années pour mieux nous préparer, fulmine un athlète. Vous savez combien un athlète gagne dans ce milliard ? Pas grand-chose. Où va le reste ?»







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