Présidentielle au Gabon: Jean Ping exulte après un rapport de l'UE

Par AFP - 13/12/2016

Le rapport publié lundi par les observateurs européens remet en question la réélection d'Ali Bongo Ondimba à la tête du pays, lors du scrutin du 27 août 2016

 

Les observateurs de l'Union européenne (UE) sont revenus lundi au Gabon en expliquant prudemment pourquoi ils "mettent en question" dans leur rapport final la réélection d'Ali Bongo Ondimba lors du scrutin du 27 août, à la grande satisfaction de son rival Jean Ping.

"Ce rapport (...) démontre de manière incontestable que c’est moi, Jean Ping, qui suis le vainqueur de l’élection présidentielle", a-t-il déclaré à la presse après un entretien avec l'observatrice en chef de la Mission d'observation électorale (MOE) de l'UE, l'euro-députée Mariya Gabriel.

Mme Gabriel avait pourtant pris toutes les précautions pour ne pas aviver les tensions dans un pays encore sous le choc des violences post-électorales de septembre, où Jean Ping refuse le dialogue proposé par Ali Bongo.

"Notre observation a mis en exergue des défaillances importantes du processus électoral. Il appartient aux Gabonais de trouver des solutions dans le cadre d'un dialogue afin d'y remédier", a déclaré Mme Gabriel.

Sévère dans son diagnostic, le travail final des 73 observateurs de l'UE se voulait "constructif" avec onze recommandations valables dès les prochaines élections législatives, qui auront lieu au plus tard en juillet 2017.

L'exercice diplomatique a bien fonctionné avec les autorités, qui ont fait mine d'accueillir favorablement le document, bien qu'il dénonce "le manque d'indépendance de certaines institutions clés" comme la commission électorale.

"C'est un rapport qui vient à point nommé au moment où le président de la République Ali Bongo vient de convoquer un dialogue politique", a estimé le ministre des Affaires étrangères Pacome Moubelet Boubeya devant la presse aux côtés de Mme Gabriel.

L'élue bulgare a en revanche éviter de s'afficher devant les caméras avec Jean Ping, qui a cité une phrase-clé du rapport sur des "anomalies" mettant "en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l'élection".

- "Opaque" -
L'opposant, qui réclame des sanctions contre M. Bongo et ses proches, a demandé à l'UE, l'Union africaine et les Nations unies, de tirer "toutes les conséquences" du travail des observateurs de l'UE.

Le 31 août, Ali Bongo avait été proclamé vainqueur (49,80% des voix) devant Jean Ping (48,23%), soit un écart minimal de 5.594 voix, selon des résultats provisoires dont l'annonce avaient provoqué des violences.

 

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Les observateurs de l'UE ont depuis septembre dans le viseur l'une des neuf provinces, le Haut-Ogooué, fief électoral d'Ali Bongo. Le président sortant y a officiellement obtenu 95,47% des voix pour 99,93% de participation, inversant la tendance sur le reste du Gabon et garantissant sa victoire.

Les observateurs s'interrogent sur cette participation massive, rappelant que "le taux de participation au niveau national, sans le Haut-Ogooué, s’évalue à 54,24%".

Ils dénoncent dans cette province "un processus de consolidation particulièrement opaque", exemple à l'appui: "Le nombre d'abstentions et des bulletins blancs et nuls dans une seule des 15 Commissions électorales locales (CEL) de cette province est supérieure à celles annoncées pour l'ensemble des 15 CEL de la province".

"Ce constat remet en question l'intégrité des résultats de la province", et donc le résultat final de l'élection sur tout le Gabon, développe le rapport.

Saisie par Jean Ping, la Cour Constitutionnelle avait validé la réélection d'Ali Bongo, augmentant même son avantage en annulant le résultat de 21 bureaux de vote à Libreville favorables à Jean Ping: 50,66% des suffrages (172.990 voix) pour M. Bongo, contre 47,24% (161.287) pour M. Ping.

Là aussi, les observateurs de l'UE regrettent que les travaux de la Cour n'aient "pas permis de rectifier les anomalies" dans le Haut-Ogooué : "La confrontation des procès-verbaux, essentielle pour assurer la transparence et la confiance des parties prenantes, n'a pas eu lieu".

Manifestations, pillages, incendie partiel de l'Assemblée, répression, prise d'assaut du QG de Jean Ping, interpellation d'un millier de personnes, etc...: l'annonce de la réélection d'Ali Bongo a provoqué des violences rares au Gabon, pays habitué à la paix civile.

"Entre les chiffres officiels et ceux de l’opposition, le décompte des victimes variait entre cinq et 100", soulignent les observateurs de l'UE, qui souhaitent "l'ouverture d’une enquête objective et approfondie sur l’ensemble des violences électorales".

Parmi ses onze recommandations, la MOE suggère de "garantir l'accès non interrompu au réseau internet et aux réseaux sociaux y compris pendant la période électorale et post-électorale".

Internet a été totalement coupé au Gabon pendant quelques jours après le 31 août, puis la nuit de 18h à 06h00 jusqu'au 27 septembre, après la décision de la Cour constitutionnelle le 23 septembre.





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