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Bamenda: des enseignants descendent dans la rue

Les artères de la ville ont été prises d’assaut par les éducateurs anglophones venus de divers coins du pays le 21 novembre dernier. Ils réclament une reconfiguration de leur sous-système éducatif

Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest, les enseignants anglophones sont descendus dans la rue le 21 novembre 2016. Selon des sources locales, la manifestation a vite viré à l’émeute. « Les enseignants scandaient des slogans hostiles au régime de Yaoundé ; la police a réagi en tirant des gaz lacrymogènes », raconte l’une d’elles sur le site d’informations panafricain Koaci.com. D’autres informations relayées par le même média font état d’un défilé au cours duquel quelques enseignants en colère portaient des cercueils et appelaient au fédéralisme. A bord d’hélicoptères, l’armée a été déployée en renfort pour prêter main forte à la police. Aucun bilan n’est encore disponible.

La grogne dont Bamenda a été le théâtre ce 21 novembre 2016 intervient après l’échec des négociations entre les pouvoirs publics (un comité composé des responsables des ministères en charge des questions de formation, d’éducation, d’enseignement supérieur) et les syndicats des enseignants du sous-système anglophones du Cameroun.

Les deux parties n’ont pas pu trouver un terrain d’entente sur deux points : le retrait et le reclassement de tous les enseignants francophones des salles de classe anglophones, à l’exception des enseignants bilingues ; le retrait des conférenciers francophones et des administrateurs des universités anglo-saxonnes de Bamenda et de Buea et leur et de leurs collèges.

Côté francophone, une grève illimitée était envisagée dès le 25 novembre 2016. C’est ce qu’annonçait un préavis de grève publié le 17 novembre 2016. A l’heure où nous mettions sous presse, rien n’a filtré des négociations ouvertes depuis le 18 novembre 2016 à Yaoundé, entre le gouvernement et les quatre syndicats (Fédération camerounaise des syndicats de l’éducation (FECASE), du Syndicat national autonome de l’enseignement secondaire au Cameroun (SNAES), Syndicat national Indépendant des enseignants de base (SNIEB) et le Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles normales (SNUIPEN) procèdent depuis de nouvelles négociations.

Lignes de force
Selon des indiscrétions, les discussions ouvertes entre les enseignants et le gouvernement s’articulent autour de la création, le 8 novembre dernier par le Premier ministre, d’un comité ad hoc en charge d’examiner les revendications de leurs membres. En 2012, rappellent les protestataires, un comité similaire avait déjà vu le jour et avec le même cahier de charges. Les conclusions ont porté sur l’intégration des enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) dans le statut particulier des enseignants, le rééchelonnement indiciaire, la signature d’une convention collective de l’enseignement privé. Il s’agissait aussi de l’intégration des professeurs et instituteurs contractuels comme fonctionnaires, ainsi que la revalorisation de la prime de documentation et de recherche.

Autant d’avancées consensuelles qui, constatent les syndicats, « sont restées lettre morte à ce jour » en même temps que les autres problèmes restés en suspens, notamment pour ce qui concerne la mise en uvre effective de la Loi d’orientation scolaire de 1998 et qui touchent diversement les sous-systèmes anglophone et francophone, n’ont jamais connu un début d’application.


Pour ces organisations, le Premier ministre, à travers l’annonce de création d’un nouveau comité ad hoc sur les mêmes sujets, veut « opposer les syndicats anglophones aux syndicats francophones », « alors même que les problèmes inhérents à chacun des deux sous-systèmes concernent, même à des titres divers, tous les Camerounais en général et tous les enseignants camerounais en particulier ».

Ils demandent ainsi au gouvernement de procéder, «sans délai», à l’application des décisions adoptées consensuellement en 2012, de convoquer «à bref délai» les assises du Forum national de l’éducation prévu dans le cahier de charges arrêté d’accords parties il y a 04 ans.

« Au 25 novembre, si aucune mesure dans ce sens n’est prise et annoncée officiellement par le gouvernement, les syndicats signataires du présent préavis appelleront à la grève tous les enseignants du Cameroun ».

Quel que soit l’issue des négociations, les enseignants pourront au moins se satisfaire d’avoir remis des vieilles revendications sur le devant de la scène. Entre temps, on veut profiter du contexte de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Dans les rangs des syndicalistes en effet, on estime que « lancer une grève en ce moment, c’est aussi profiter du créneau médiatique de la cette compétition, un moment où l’école n’est véritablement pas au centre de l’attention, pour faire entendre notre mécontentement, apporter un contre-discours à celui de la ministre, selon lequel tout va bien ».


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