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La BM insiste sur l’amélioration du climat des affaires au Cameroun

La Banque mondiale  a déploré mercredi, dans un communiqué, les progrès lents enregistrés dans l’application de réformes nécessaires à l’amélioration du climat des affaires

Les progrès lents enregistrés dans l’application de réformes nécessaires à l’amélioration du climat des affaires fragilisent l’activité économique au Cameroun, a déploré la Banque mondiale dans un rapport  mercredi, 05 avril 2017, qui cite le commerce transfrontalier, le paiement des taxes et l’enregistrement des biens de propriété comme trois domaines où le constat de retards est frappant.

« Le Cameroun a mis en œuvre plusieurs réformes pour améliorer le climat des affaires depuis 2010 (création du CBF, une initiative gouvernement-secteur privé), mais plus d’efforts sont nécessaires pour promouvoir l’économie compte tenu des évaluations DB encore faibles)« , résume Souleymane Coulibaly, économiste en chef de la Banque mondiale.

Le gouvernement a institué en 2010 le Cameroon Business Forum (CBF), un cadre de dialogue avec le secteur privé qui se tient depuis lors chaque année à Douala, la métropole économique abritant le premier port commercial du pays par lequel se réalise l’essentiel des exportations et des importations (environ 95%, selon les estimations officielles).

L’objectif est de permettre la facilitation de l’activité économique, en prenant en compte les propositions du secteur privé, qui se plaint de nombreuses entraves liées à la corruption et des lourdeurs administratives de la part de l’administration publique, accusée en outre par la Banque mondiale d’avoir une implication forte et pernicieuse dans la production de la croissance.

Au fil de ses sept éditions déjà tenues, le rendez-vous s’est accordé pour une importante liste de réformes économiques et structurelles à mettre en œuvre en vue notamment d’évacuer ces écueils qui empêchent le climat des affaires d’être suffisamment à la hauteur de l’enjeu de productivité de l’économie nationale, en se montrant davantage convaincant pour l’investissement.

Pour les résultats cependant, le bilan est en demi-teinte, à en juger par les récriminations persistantes des milieux d’affaires.

Dans son analyse, le Mémorandum économique 2016 de la Banque mondiale regrette que « la concurrence est freinée par divers facteurs au Cameroun, notamment une forte concentration du marché, la prise de participations de l’Etat dans un grand nombre des plus grandes entreprises, et certaines réglementations gouvernementales« .

« La très forte participation de l’Etat dans le secteur productif tend à limiter la concurrence locale. Le Cameroun pointe au 109e rang sur 144 pays pour ce qui est de l’intensité de la concurrence au niveau national, à la 65e place en ce qui concerne l’ampleur de la dominance du marché, et au 78e rang s’agissant de l’efficacité de la politique de concurrence« , souligne le rapport.

Depuis 2014, le pays d’Afrique centrale s’est doté d’un port en eau profonde à Kribi (Sud), le troisième plus grand du continent derrière ceux de Durban (Afrique du Sud) et de Tanger (Maroc) selon les estimations, construit avec l’aide d’un financement d’Exim Bank de Chine.

En attendant l’entrée en service sans cesse reportée de ce port industriel ouvert sur l’Atlantique, c’est le port fluvial et commercial en exploitation depuis six décennies à Douala, la métropole économique, qui continue de servir pour les exportations et les importations nationales, y compris les échanges du Tchad et de la République centrafricaine (RCA, deux pays voisins enclavés, avec l’extérieur.


Or, ce port peine à convaincre pour son efficacité, à cause de longs délais de passage de marchandises d’importation. Selon l’étude de la Banque mondiale dirigée par l’économiste en chef Souleymane Coulibaly, ces délais sont en moyenne à l’heure actuelle de 20 jours pour les conteneurs et de 30 jours pour le fret non conteneurisé.

Comme quoi, le vieux port camerounais ne peut prétendre soutenir la compétition face à ses concurrents de Mombsa (Kenya), Dar es Salam (Tanzanie) et Durban (Afrique du Sud), où ces délais sont connus pour être plus courts, respectivement de 11, 12 et 4 jours.

L’acheminement des marchandises importées vers les marchés de consommation domestiques ou les pays voisins est une autre paire de manches. Les postes de contrôle et les barrages sur les routes et autoroutes, dont le nombre moyen est de 1 tous les 20 kilomètres, font augmenter les coûts de transport routier intérieur et prolongent la durée des trajets, dénonce encore la Banque mondiale.

Le Cameroun applique l’un des taux tarifaires commerciaux les plus élevés au monde et impose des barrières non tarifaires importantes, indique par ailleurs le rapport. « Selon le Rapport sur la compétitivité dans le monde 2014-2015, précise-t-il, le Cameroun se classe 132e sur 144 pour ce qui est des taux tarifaires moyens pondérés« .

Ce rang est de 120e sur 144 pays en matière de prévalence des barrières commerciales non tarifaires.

Depuis 1994, le pays affiche une croissance de productivité nulle. Pour prétendre au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, comme le proclame le programme politique présidentiel « Vision 2035« , il doit réaliser un taux annuel moyen de 2%, associé à une croissance de PIB réel de 8%, 5,7% pour le PIB par tête et un taux d’investissement de 20 à 30%.

Pour relever un tel défi, la Banque mondiale préconise deux mesures phares au gouvernement : promouvoir la croissance en passant d’un modèle de croissance tirée par l’accumulation des facteurs à une croissance tirée par l’efficacité de l’allocation des facteurs et l’innovation, puis favoriser la compétitivité en encourageant la concurrence au niveau local, régional et global.

Ces deux mesures, précise Souleymane Coulibaly, exigent que l’Etat se recentre sur ses fonctions principales de régulation et de promotion économique, et se retire de la production. L’économiste ivoirien prévient en outre que les grands projets d’infrastructures que le gouvernement multiplie depuis les dernières années ne suffiront pas à eux seuls à produire la croissance.

L’accent, affirme-t-il, doit être mis sur l’efficacité de la gestion des ressources de l’Etat et l’aménagement d’un climat des affaires véritablement favorable à l’investissement.

 

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