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CAF: Issa Hayatou, un « inamovible » déchu

Issa Hayatou ©Droits réservés

A la tête de la Confédération africaine de football depuis près de trois décennies, le Camerounais Issa Hayatou a perdu son « trône » face au Malgache Ahmad Ahmad (34 voix contre 20)

Issa Hayatou ne fera pas de huitième mandat à la présidence de la Confédération africaine de football. Jeudi, lors du congrès d’Addis-Abeba, le dirigeant camerounais a subi une défaite nette et sans bavure face au Malgache Ahmad Ahmad. La CAN 2017, organisée au Gabon, pays de son ami le président Ali Bongo, aura servi de tournée d’adieux à Issa Hayatou, cet homme plein de contrastes et de mystères. Retour sur l’itinéraire d’un homme resté inamovible près de trente ans à la tête de la CAF (1988-2017).

Né le 9 août 1946 à Garoua, dans le nord du Cameroun, Issa Hayatou était destiné de hautes responsabilités dès son plus jeune âge. Sa famille est l’une des plus puissantes et influentes de la ville septentrionale. Parmi ses représentants les plus illustres figurent Amadou Hayatou, ancien Secrétaire général de l’Assemblée nationale ou Garga Alim Hayatou, secrétaire d’Etat à la Santé et grand Lamido (chef traditionnel) de Garoua.

Passionné de sport, rompu à plusieurs disciplines, le jeune Issa Hayatou s’illustre d’abord en athlétisme, devenant membre de l’équipe du Cameroun du 400 mètres et du 800 mètres entre 1964 et 1967. Il rejoint ensuite l’équipe nationale de basket-ball, avec laquelle il dispute les Jeux Africains à Brazzaville.

Devenu professeur d’éducation physique contre l’avis de sa famille, Issa Hayatou gravit les échelons dans la hiérarchie sportive camerounaise. A l’âge de 28 ans, il devient secrétaire général de la Fédération camerounaise de football, poste qu’il conservera jusqu’en 1983. L’année précédente, il a pris la direction des sports au ministère de la Jeunesse et des Sports du Cameroun.

En 1986, il obtient une première consécration en devenant président de la Fédération de football de son pays. L’ascension d’Issa Hayatou ne fait pourtant que commencer. En août 1987, le retrait de l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema le propulse à la présidence de la Confédération africaine de football. Son règne, ininterrompu depuis, est d’abord marqué par l’émergence des équipes africaines en Coupe du monde, avec les beaux parcours du Cameroun en 1990 et du Nigeria en 1994 et 1998.


Entre temps, l’Afrique a obtenu d’avoir cinq places en phase finale. Désireux de surfer sur cette vague, Issa Hayatou se présente contre Sepp Blatter à la présidence de la FIFA en 2002. Largement battu, il va faire la paix avec le patron du football mondial, usant du poids de l’Afrique, plus important pourvoyeur de voix au Congrès de la FIFA, pour défendre les intérêts du continent à Zurich, jusqu’à en assurer la présidence par intérim à la chute du Suisse.

Avec un art consommé des jeux de pouvoir, Issa Hayatou avait su neutraliser un à un ses adversaires sur le continent africain. L’Ivoirien Jacques Anouma, le Sud-Africain Danny Jordaan, ou encore l’Algérien Mohamed Raouraoua ne diront pas le contraire : aucun d’eux n’a pu durablement contester l’autorité de l’empereur Hayatou, homme aux nombreux réseaux (outre la CAF, Hayatou est présent au CIO et omniprésent à la FIFA, via la participation à diverses commissions) et aux innombrables casseroles (il fut blâmé par le CIO pour avoir touché des rétro-commissions, officiellement destinées à financer les festivités du 40ème anniversaire de la CAF, et fut cité dans le dossier de l’attribution du Mondial 2022 au Qatar…).

A 70 ans, Issa Hayatou n’envisageait toujours pas de passer la main à la tête du football africain, malgré une santé affaiblie. Lui qui avait fait modifier les statuts de la CAF pour pouvoir se représenter à 70 ans a été rattrapé par la réalité, alors qu’il aurait pu s’éviter cette sortie piteuse.

 

 

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