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Cameroun: Le gouvernement reste ferme quand ça l’arrange

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Il arrive au gouvernement camerounais de taper du poing sur la table, notamment sur des questions qui, d’après lui, menacent l’équilibre ou le fonctionnement normal d’un pays comme le nôtre. Il prend régulièrement des décisions « fermes », décide des interdits (si on veut). Puis, vient l’heure des actions chocs sur le terrain, filmées par les caméras de télévision, censées illustrer le sérieux desdites mesures. Enfin, et très souvent, il y a … le black out. Il survient généralement après les campagnes de com’ orchestrées pour promouvoir les décisions d’intérêt général de nos autorités administratives.

Des exemples, il y en a à la pelle. La vente d’eau en sachet a été interdite parce que la qualité de la denrée ainsi conditionnée avait été déclarée impropre à la consommation par le ministère de la Santé publique. Pourtant, les vendeurs d’eau en sachet ne se cachent pas au quotidien pour gagner leur vie, au détriment peut-être d’autres, sur les chaussées des principales villes du pays, dont la capitale: Yaoundé. Toujours pour des raisons de santé, la commercialisation des différentes marques de whisky en sachet fut également interdite. Le whisky en sachet est pourtant ce qui continue à se vendre et se boire le mieux lors des cérémonies traditionnelles dans les campagnes, ailleurs, et lors de bien d’autres événements.

La circulation des voitures équipées de vitres fumées ou d’un volant à droite fut aussi l’objet de contrôles assidus (pour répression) pendant quelques semaines. Aujourd’hui, les propriétaires de ce type de véhicules circulent librement. Ne parlons pas des mesures interdisant l’usage du téléphone au volant. A l’époque de la décision y afférente, les automobilistes récalcitrants étaient frappés d’une amende de 25 000 francs Cfa. Du coup, ils faisaient attention, à l’approche des intersections seulement. La peur du gendarme. Plus récemment: l’interdiction du commerce et de l’usage des emballages plastiques non biodégradables. Ceux-ci sont toujours commercialisés et utilisés en public, comme pour narguer le ministère de l’Environnement. Nous fermons les yeux sur l’interdiction des tenues vestimentaires « indécentes », qui avait justifié une sortie musclée du gouvernement. Six ministres de la République, pas moins, s’étaient fait les chantres de cette mesure, aujourd’hui rangée aux oubliettes.


Après les effets d’annonce, où en est-on ? Plus rien? Alors, force est de constater que le temps a soufflé sur la pression imposée par tous ces interdits, la tolérance administrative ou autre chose aidant. En somme, on parle d’importantes problématiques de santé publique, de préservation de l’environnement, de crise des valeurs, de sécurité, que les politiques publiques choisissent de relativiser ou de ne plus prioriser. D’un autre côté, malgré la contestation populaire, on constate que le gouvernement arrive à couper la connexion Internet dans deux régions du pays et tenir fermement sur une décision pendant au moins 57 jours (depuis le 17 janvier 2017). Nous avons là la preuve que notre gouvernement peut ! Le message c’est qu’il faut juste le pousser à bout pour le voir réagir avec fermeté.

 

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