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Changements climatiques: Marrakech, une étape dans un processus

L'échange de Abdelâdim Lhafi avec les journalistes mercredi, 07 septembre 2016, à Rabat © Journalducameroun.com

Le Haut-commissaire des Eaux et Forêts, par ailleurs commissaire de la COP22, a détaillé, au cours d’une conférence de presse mercredi à Rabat, les attentes du Maroc liées à l’évènement

Offrir toutes les conditions pour que la COP22, qui démarre le 08 novembre 2016 à Marrakech, se passe dans les meilleures conditions, c’est la priorité actuelle du Maroc. « Les travaux de mise en forme, de construction du village de négociations sont très avancés », a indiqué le Haut-commissaire marocain des Eaux et Forêts au cours d’une conférence de presse tenue mercredi, 07 septembre 2016, à Rabat. Abdelâdim Lhafi, par ailleurs commissaire de la COP22 a souligné qu’actuellement « toutes les structures sont réalisées à plus de 85%. Et nous avons bon espoir que nous puissions livrer ce projet vers le 15 octobre ».

Sur le plan de l’organisation, « il y a un cahier de charge extrêmement précis » qui est concrétisé par l’accord de siège, signé entre le Maroc, pays hôte, et les Nations-Unies. Et qui prévoit dans les moindres détails ce qu’il faut réaliser en termes de salles, de sonorités, de communication, etc. Tous les aspects sont traités, y compris les aspects liés au développement durable. Donc « nous avançons conformément au programme », a souligné le commissaire de la COP22.

Dans le pays, l’évènement ne se prépare pas seulement sur le plan structurel. Les questions politiques et les thématiques à aborder à la rencontre de novembre font également l’objet de réflexion. Ces dernières seront traitées dans un ordre de « cohérence ». L’on apprend déjà qu’à l’ouverture de la COP, pendant la première journée, tous les débats seront axés sur l’eau et les forêts. Viendront ensuite des journées, une dizaine en tout, réservées à l’énergie sous toutes ses formes (énergies renouvelables, efficacité énergétique), l’urbanisation, le transport, les océans, le prix carbone, etc.

Les attentes du Maroc

Cette année, le Maroc, qui souhaite avant tout la ratification de l’Accord de Paris (qui doit arriver au mieux un mois avant la COP), veut entrer dans une forme de « développement de l’agenda d’action » qui va se construire autour des initiatives, des coalitions, évaluées à plus de 70. Ces coalitions se concrétisent autour des thématiques particulières. D’après les explications du commissaire de la COP22, Abdelâdim Lhafi, « elles vont se tenir selon les journées thématiques fixées, en collaboration et en cohérence avec celles décidées par les Nations Unies ». Mais ce qu’il y a de plus, c’est la tenue d’un débat large de toutes les parties. « Ce n’est pas comme dans le temps où les négociations se passaient entre les négociateurs uniquement. Actuellement elles font participer toutes les parties prenantes. Les responsables de la gestion du territoire, la société civile, le secteur privé. Ils vont tous agir de manière cohérente pour sortir des actions et des politiques concrètes », en présence « de tous les décideurs politiques ».

La désertification

Il y a une convention particulière des Nations Unies qui fait partie des trois grandes conventions du sommet de Rio, le sommet de la terre : la convention sur la biodiversité, la convention sur les changements climatiques et la convention sur la lutte contre la désertification. Dans ce dernier cas justement, « tous les pays africains sont censés présenter des actions nationales axées autour d’opérations précises », a souligné Abdelâdim Lhafi.

Selon lui, les actions qui peuvent être conduites en termes de lutte contre la désertification sont de plusieurs ordres :

– D’abord, les questions de l’eau. « Le Maroc est une expérience élaborée en terme de mobilisation des ressources hydriques notamment dans la politique de construction des barrages depuis les années 60. Grace à cette politique, le Maroc a pu traverser toute une série d’années extrêmement sèches », a expliqué le Haut-commissaire marocain des Eaux et Forêts. Aujourd’hui, le pays compte 33 barrages hydroélectriques. « Lorsque vous maitrisez l’eau et les terres, vous maitrisez la sécurité alimentaire. Pour produire il faut utiliser la technologie. Ce secteur au Maroc assure pratiquement 75% de la valeur ajoutée en saison sèche. C’est pour dire que l’axe centrale c’est d’abord la maitrise de la mobilisation de l’eau », a-t-il ajouté.

– Ensuite, le traitement des bassins versants pour lutter contre « l’érosion, protéger les sols, protéger les barrages et surtout la capacité de retenu des barrages ».

– Enfin, la dégradation des terres. D’après les informations communiquées par Abdelâdim Lhafi, de grandes initiatives liées à cet aspect et axées sur l’objectif 13 des ODD (Objectifs de développement durable) verront le jour à Marrakech. En résumé, l’objectif à l’horizon 2030, ratifié par les Nations unies en septembre 2015, se propose de garantir la neutralisé de la dégradation des sols. Autrement dit, comment « stopper cette régression et cette perte ». Pour ce faire, « il faut restaurer à travers le monde à peu près 12 millions d’hectares ». Une mesure de protection des sols qui laisse penser que « la désertification, au sens large est un processus très complexe sur lequel, néanmoins, la coopération Sud-Sud peut donner de grands résultats », soutient le commissaire de la COP22.

Le commissaire de la COP22, Abdelâdim Lhafi, par ailleurs Haut-commissaire des Eaux et Forêts du Maroc © Journalducameroun.com


Triple A : Adaptation de l’agriculture en Afrique

L’agriculture est le 1er utilisateur de l’eau dans le monde. Et chaque goutte d’eau est importante, il faut la retenir. Dans l’utilisation de cette eau, il faut travailler tous les systèmes économes, faire des spéculations agricoles économes en eau, revoir l’itinéraire technique. Dans ce cadre, le Maroc est porteur de l’initiative de triple A (Adaptation de l’agriculture en Afrique) qui « essaye de traiter tous ces aspects et veut transférer son savoir-faire dans ce cadre-là ». « L’eau devient rare et il faut la traiter avec le maximum d’attention », a reconnu Abdelâdim Lhafi. Tout en encourageant la construction des barrages pour un maximum de réservoir d’eau, le Haut-commissaire marocain des Eaux et Forêts, en considérant les conditions écologiques, prescrit qu’elle (la construction) soit « accompagnée par des études d’impact qui sont importantes sur tous les plans, y compris celui de la santé humaine par exemple. Parce que dans certains pays africains, la construction des barrages s’est parfois accompagnée de la prolifération de maladies », a-t-il souligné.

La muraille verte

Un grand projet en Afrique qui se propose de construire un rideau vert allant de l’Ouest jusqu’à l’Est. La muraille verte, c’est un projet qui doit prendre en considération la gestion de l’espace, les droits d’usage, l’usage du sol. Ce qui nécessitera « un consensus avec tous les partenaires dans le cadre du participatif et du partenariat », commente Abdelâdim Lhafi.

Après Marrakech, la deuxième rencontre importante sera celle de 2018. La clause de rendez-vous. Il s’agira de faire une évaluation « pour voir si nous sommes sur le bon chemin ». Et en 2020, « nous appliquerons par exemple le financement sur les 100 millions de dollars attendus ». Une somme, arrêtée à la COP de Paris en novembre 2015, qui doit provenir des dons des différents pays impliqués dans la lutte contre les changements climatiques. Pour Abdelâdim Lhafi, le point de départ c’est de « disposer des financements. et d’avoir une feuille de route la plus claire possible » pour atteindre un minimum. Il faudra ensuite pouvoir gérer les fonds de manière à avoir 50% pour l’adaptation et 50% pour l’atténuation, et les ingérer dans des projets porteurs.

Assurer une réconciliation du citoyen avec son environnement, c’est la motivation du Maroc. « La COP 22 se tient en Afrique et il est tout à fait normal que l’Afrique bénéficie de l’attention maximale. Pour moi, il est nécessaire que tous les Africains se mobilisent pour s’approprier cette COP et exprimer les grandes difficultés de leur continent », a conclu Abdelâdim Lhafi.

A l’heure actuelle, le budget global de l’organisation est estimé entre 800 millions et 1 milliard de Dirham (soit près de 80 millions d’euros). Ce coût intègre la part des autres pays, en plus de l’appui de l’Union européenne (UE), de la Banque africaine de développement (BAD), et autres organismes internationaux.

 

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