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Christelle Nadia Fotso: «Je suis une femme révoltée»

Romancière et avocate, elle est l’auteur de «l’empreinte des choses brisées», une analyse du sens profond de l’existence humaine

Vous venez de faire paraitre votre premier livre, « l’empreinte des choses brisées » Pourquoi l’avocate par principe froide et cartésienne, a-t-elle voulu écrire, une activité qui relève de l’imagination et de la création ?
C’est le contraire. C’est plutôt l’écrivain qui est avocate. Je suis un écrivain qui est aussi avocat mais ma passion c’est l’écriture, la littérature, la création. Avocat, ce n’est pas ce que je suis mais ce que je fais. Je suis une femme révoltée qui écrit et qui essaye de vivre pleinement sa passion pour l’écriture.

Vous parlez des choses brisées, quelles sont ces choses, pourquoi laisse-t-elle des empreintes?
Les choses brisées sont ces « machins » qui nous empêchent de nous assumer et de trouver nous-mêmes la propre justification de notre existence. Les choses brisées sont celles qu’on s’impose par culturalisme ou aveuglement en refusant de choisir, de réfléchir et d’être comme le disait Camus, minés par la vie et par le fait que le monde est humain mais anthropomorphique comme l’affirmait Sartre.

Alors sur la première de couverture, on remarque un c ur bleu, brisé et contentant des fragments de couleurs diverses, expliquez nous un peu cette image ?
Cette image est double donc subjective. Pour moi, c’est un c ur brisé dont on aperçoit les blessures qui sont différentes les unes des autres. Pour d’autres, ce sont deux visages. Cette image comme mon livre est mystérieuse et c’est au lecteur de l’interpréter.

A un moment, le ton devient personnel, est ce que votre expérience personnelle aura-t-elle influencé votre écriture ?
Bien évidement mais c’est le cas presque toujours parce qu’un roman même lorsqu’il n’est pas autobiographique puise certaines de ses qualités ou ses défauts dans la vie de l’auteur. Mon expérience personnelle m’a permis d’écouter mes personnages, de ne pas les juger et surtout de ne pas condamner leurs actions. Le fait d’être moi m’a permis d’ouvrir mon c ur et d’écouter les pleurs et parfois les cris de mes personnages en acceptant de suivre sans calculer, sans me dire que c’était moi la patronne. Pour écrire ce livre, j’ai accepté d’être l’esclave de mon imagination en me laissant aller. Ce roman est meilleur que moi.

Votre livre parait alors qu’une association d’afro américains étaient au Cameroun pour un retour aux sources, est ce que vous leur adressez indirectement un message ?
Non. Je crois qu’il est justement impératif de laisser ces personnes avoir leur expérience sans justement sacraliser ce retour aux sources. Je suis charnelle mais pas terrienne. Je ne crois pas que c’est la terre qui est sacrée mais les gens.


Christelle Nadia Fotso, avocate et écrivain camerounaise

Journalducameroun.com)/n

Dans une de vos phrases vous redéfinissez les rapports entre l’existence et l’essence. L’existence ne précède pas l’essence et ne la conditionne pas. Revenez un peu sur cette nouvelle façon de percevoir l’existentialisme?
Je crois comme Camus qu’il y a une nature humaine mais qu’en même temps, il y a parfois en nous des morceaux, des choses parfois brisées qui viennent d’un endroit mystérieux et que l’existence n’influence pas. Je sais par exemple que je suis née vieille et que je suis le tombeau de la mère de mon père. Je crois que ce fait n’a pas été déterminé par mon existence mais par ce feu en moi qui me fait crier ma révolte en la mettant au service de l’écriture et de la littérature.

Vous mettez un gros accent sur la profondeur de l’amour, dans tout ce qu’elle a de profond de tendre mais aussi de blessant de pervers de contradictoire, pourquoi cette optique de peinture d’un sentiment que pourtant tout le monde veut vivre ?
Parce que justement c’est un sentiment ordinaire et tellement humain. Cependant je crois que parce que le désir est manque d’être et qu’aimer veut parfois dire désirer follement, l’amour est compliqué parce qu’il peut être existentiel et poser des questions philosophiques que la poésie ne tue pas mais bien au contraire sublime. L’amour sans réflexion m’a toujours paru barbare et inconséquent, c’est certainement pour cette raison que j’essaye de l’intellectualiser.

Où est ce que votre livre est-il disponible au Cameroun, comment peut-on se le procurer?
Chez l’harmattan et bientôt dans toutes les grandes librairies de Yaoundé et de Douala.

«l’empreinte des choses brisées», une analyse du sens profond de l’existence humaine

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