Opinions › Tribune

La famine menace à nouveau l’Afrique subsaharienne

Michel Lobé Etamé, journaliste ©Droits réservés

L’être humain a la capacité de triompher des calamités naturelles comme nous l’apprend notre propre histoire. De ces enseignements, il tire des conclusions et met en place des actions correctives et préventives. Ce n’est pourtant pas le cas en Afrique subsaharienne où les cycles de famine se reproduisent un peu trop souvent. Les réactions des autorités politiques sont toujours les mêmes : les catastrophes naturelles se traduisent par les sécheresses, les inondations ou les tempêtes de sable.

Les causes évoquées masquent des réalités évidentes observées depuis des décennies. L’absence de politiques communes continentales et régionales condamne d’avance l’agriculture nourricière qui permet à tout pays de satisfaire ses besoins ordinaires et élémentaires. La terre est pourtant à la base de la vie sociale en Afrique.

Il faut ajouter aux catastrophes naturelles les guerres et les causes politiques liées aux troubles civils. Les conséquences sont graves et nuisent à l’image d’un continent où la société civile œuvre, avec un enthousiasme certain, pour dynamiser des économies atones. L’Afrique est riche et dispose d’un climat tropical qui lui permettrait de produire des denrées agricoles pour sa consommation. Elle ne peut éternellement rester à la merci des dons extérieurs et de  la générosité de l’Occident. Cette dernière en profite pour justifier son « assistance » sans laquelle le continent disparaitrait du globe.

L’accaparation des terres arables par les multinationales étrangères en Afrique prend des proportions inquiétantes et favorise la production des agro carburants à la place des cultures vivrières. Les populations locales perdent ainsi leurs terres au détriment des grands groupes. Ce phénomène provoque la spéculation foncière et les expropriations.

Des terres inexploitées

L’Afrique dispose, à l’heure actuelle, de plus de 60% des terres arables inexploitées au monde qui la doterait de produits agricoles capables de conquérir les marchés mondiaux. Cette réserve est en jachère car les autorités sont soumises à la demande extérieure pour exporter à vil prix du bois, du café et autres cacaos. Les chefs d’états africains n’ont aucune ambition ni aucune fierté à marquer l’histoire.

Pour les pseudos «experts» de l’Afrique  que nous retrouvons sur les plateaux de télévision en Occident, les feux de brousse et les fortes chaleurs causent des ravages qui impactent la production agricole. Ce jugement ne repose que sur des allégations et des conclusions arbitraires et malheureuses ponctuées de mauvaise foi. L’Australie est frappée chaque année de feux de brousse, à des inondations et des chaleurs plus violentes. Ce pays est régulièrement frappé par des catastrophes naturelles. Mais, le pays n’a jamais été confronté à une vague de famine. L’Australie prend des dispositions pour triompher de la nature par des politiques responsables d’infrastructures, d’une agriculture soutenue et en étroite relation avec son éco système.

L’Afrique ne peut éternellement accuser la nature et oublier sa propre introspection. La nature est plus austère dans les pays nordiques qui n’ont qu’une récolte par an et dont les conditions de culture et d’élevage dépendent des caprices météorologiques dont le froid et les tempêtes. .

Les populations d’Afrique subsahariennes produisent chaque année des cultures d’exportation qui sont soumises aux aléas météorologiques. Ces cultures occupent les terres les plus fertiles et exposent aussi les pays producteurs à des vagues de famines alors que les prix de ces denrées n’ont jamais flambé. Les peuples sont soumis à des politiques agricoles qui fragilisent les équilibres politiques, sociales et économiques.

L’Afrique devrait débattre des politiques agricoles communes qui prennent en compte le reboisement des confins du désert. L’avancée du désert a des conséquences fâcheuses sur la culture. Elle cause aussi de gros dégâts sur l’élevage qui voit des troupeaux entiers de zébus, de chèvres et de moutons décimés.

Les pays concernés par la famine sont nombreux. Mais les causes sont différentes. Au Niger, en Mauritanie, en Somalie ou en Ethiopie, la sécheresse a causé de nombreuses pertes dans la production agricoles et dans l’élevage. Il en résulte la malnutrition qui est la cause de nombreuses maladies et de la mort infantile dans les pays concernés.

D’autres pays tels que le Nigéria, le Soudan du Sud et la Somalie sont confrontés à la guerre par Boko Haram ou les Shebab. Le Nigéria est le plus grand producteur de pétrole en Afrique. Il est aussi le pays le plus peuplé avec 173 millions d’habitants. La guerre en cours contre les islamistes de Boko Haram ne peut justifier la précarité alimentaire de ce grand pays où la famine s’est installée.


Malgré les devises du pétrole, les politiques de mises en valeur des infrastructures agricoles n’ont jamais décollé. Le pays reste soumis à la corruption des hautes autorités qui ruinent le patrimoine naturel dégagé par l’or noir.

Aucun élan de solidarité

Les calamités naturelles ne peuvent justifier la famine en Afrique. Les émeutes de la faim fourmillent toujours dans nos mémoires où des enfants, des femmes et des hommes ont été sauvagement tués au Sénégal, au Cameroun et en Côte d’ivoire en 2008. C’était pourtant hier et rien n’a été fait.

Face à la famine qui s’installe, aucun élan de solidarité n’a été observé sur le continent. Faut-il croire que l’Afrique s’en remettra, une fois de plus, à la «générosité» de l’ONU et de l’Occident ? La famine favorise également les migrations incontrôlées et prive le continent d’une main d’œuvre pour son agriculture. C’est aussi un facteur de l’exode rural et de l’insécurité dans les villes.

Les états doivent prendre leurs responsabilités face à la crise actuelle. L’Afrique doit se mobiliser et venir en aide aux pays affectés. Cet élan de générosité doit aussi interpeller la diaspora africaine qui a le devoir de participer à la vie courante du continent.

Les pays africains, «sevrés par l’assistanat», attendent l’aide de  l’Onu et des ONG. Cette assistance est dévalorisante, honteuse et humiliante. L’Afrique doit se prendre en main et organiser, depuis son sol, une collecte des besoins urgents. Pourrait-elle compter sur une diaspora mal organisée, trop souvent suffisante, critique et sans proposition ?

Michel Lobé Etamé
Journaliste
Retrouvez l’éditorial sur notre site www.ekilafrica.com et laissez vos réactions avec modération.
Vous pouvez suivre tous les vendredis à 13h30 sur Radio Sud Besançon un débat d’actualité animé par Michel Lobé Etamé à cette adresse : http://radiosud.net/

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE
Retour en haut