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L’Afrique, grande perdante de la globalisation

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

La globalisation a pour objet l’intégration des marchés sur notre globe pour en faire un espace commun et unique. Elle a brisé les barrières douanières et libéré les échanges sur toute la planète. Elle nous conduira sans doute à la levée des frontières nationales pour un nouveau monde. Dans ce contexte, pouvons-nous rêver dès aujourd’hui d’une planète où les femmes, les hommes et les marchandises circuleraient en toute liberté?

Les chantres du libéralisme ont une vision réductrice et égoïste qui favorise les échanges des marchandises sans tenir compte des situations sociales dans chaque pays. Ce choc provoque depuis peu la montée en puissance du populisme, du protectionnisme et du nationalisme qui s’expriment, sans complexe, dans les urnes en Occident.

La théorie libérale engrange des succès en trompe l’ il alors que les multinationales qui délocalisent laissent sur le carreau une frange de la population de plus en plus fragilisée. C’est un processus qui s’accompagne du chômage de masse, de la disparition des frontières nationales et qui précède la mondialisation prônée. La globalisation fragilise les états au détriment des multinationales et de la finance.

Mais peut-on imaginer un monde où circulent les marchandises et qui sédentarise les populations? Ce concept n’est pas viable. L’autre effet pervers de la globalisation est l’écart qui s’élargit de plus en plus entre les riches et les pauvres. En occident, les pays autrefois considérés comme riches et protecteurs de leur population sont confrontés aujourd’hui à une nouvelle forme de pauvreté observée jadis dans les pays du tiers-monde.

Mais le véritable choc vient de ce grand marché planétaire qui est devenue une véritable tempête incontrôlable qui se transforme en cyclone. A l’heure où les multinationales annoncent des bénéfices records et distribuent des dividendes, les prix des matières premières minières et agricoles sont en chute libre alors que les bourses s’envolent.

En Afrique, le pouvoir d’achat, très faible, continue à reculer. Les cadres au chômage, autrefois fer de lance de la consommation, sont déclassés vers les populations pauvres. Les sociétés d’état privatisées ont licencié en masse alors que les élites promettaient une augmentation du niveau de vie de la population. Le bien-fondé des privatisations des sociétés d’état se fait toujours attendre. Le chômage bat tous les records. La pauvreté et la maladie causent des drames au quotidien. Le peuple meurt dans l’indifférence.

Les conséquences de la mondialisation en Afrique

Alors que les concepts populistes s’affichent sans complexe en Occident pour dénoncer l’immigration sauvage aux portes de l’Europe, l’Afrique, la grande muette, ne se prononce pas. Elle voit ses enfants s’empiler dans les tombes invisibles de la Méditerranée.

Les rares productions locales disparaissent. Un poulet élevé sur place coûte trois fois plus cher qu’un poulet congelé importé. La mort des éleveurs est programmée et laissera sur le carreau des milliers de personnes. Le poisson congelé importé s’étale sur les marchés au détriment des pêches traditionnelles.

Les droits de douanes protecteurs sont supprimés au nom de la globalisation. Les économies des états sont soumises à des concurrences déloyales. Face à ce marasme sismique, l’Afrique de l’ouest est en passe de signer l’accord de libre-échange (APE) avec l’Union européenne qui va sonner le glas des productions industrielles du continent. Le Cameroun a déjà signé l’accord de libre-échange sans l’aval des membres de la CEMAC. Cet accord va démanteler les tarifs douaniers applicables aux importations européennes.


Aucun garde-fou n’est prévu aux frontières de l’Afrique pour protéger une industrie jeune et balbutiante qui crée, malgré tout, de l’emploi. Mais que propose en contrepartie l’Afrique ? Rien que le cacao, le café, le bois et les ananas. C’est là un arrêt de mort programmé qui va tuer le jeune tissu économique, social et industriel de tout le continent.

Les accords APE ouvrent toutes les frontières africaines aux produits européens. Il est étonnant que les barrières douanières et frontalières entre états africains soient toujours fermées. Pourquoi la globalisation ne s’exercerait-elle pas aussi entre états africains où les denrées, les produits manufacturés, les services, les femmes et les hommes ont tant à partager et à échanger ?

Les accords de libre-échange profitent aussi à la Chine et aux nouveaux dragons d’Asie qui inondent le marché africain de produits manufacturés bas de gamme.

L’Afrique entière sera soumise à ce dumping pour ne produire que les cultures d’exportation dont elle ne maitrise pas les prix et sans valeur-ajoutée. Face à une démographie galopante, nos hommes politiques, toujours sous la servitude coloniale volontaire, ruinent en silence leurs engagements à émerger. Leur crédibilité est vacillante et incertaine. Ils brûlent les ailes d’une jeunesse ambitieuse et sèment le chaos.

La globalisation, dans les conditions actuelles, appauvrit encore plus l’Afrique. Elle condamne tous les efforts de développement face à un marché incontrôlable où les seuls acteurs sont les multinationales qui imposent leurs règles et leurs codes aux hommes politiques corrompus, soumis, égoïstes, asservis et sans carrure.

L’Occident portera la responsabilité des exodes massifs des migrants à ses portes. Donald Trump, nouvellement élu aux USA vient d’abroger l’accord de libre-échange entre son pays et les états du pacifique, dont la Chine. Cet acte peut-il remettre en cause le concept du libre-échange imposé aux africains?

Michel Lobé Etamé, journaliste

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