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Le sommet de Davos ou le bal de la condescendance

Michel Lobé Etamé, journaliste

Le forum économique annuel de Davos s’est ouvert le 17 janvier et se poursuivra jusqu’au 20 janvier 2017 en Suisse. Nous attendons avec impatience ce rendez-vous aux «promesses fortes» pour éradiquer la pauvreté galopante dans le monde. Comme chaque année, le forum va rassembler les grands dignitaires du monde des affaires, les chefs d’états, les personnalités politiques et les membres influents de la société civile. En 2016, ce forum s’est achevé sur un chapelet de promesses non réalisées.

La société civile avait bon espoir que les engagements pris en 2016 réduiraient les inégalités dans le monde. Le bilan est triste. Il révèle l’accroissement des inégalités et des exclusions sociales sur notre planète.

Les rapports de 2016 ont été rendus publics par l’ONG Oxfam. Pour cette dernière, 2016 a été une année catastrophique sur la répartition des richesses dans le monde. Les conclusions sont alarmantes : 8 milliardaires détiennent autant que la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards de pauvres.

Le titre du rapport d’Oxfam est d’ailleurs très révélateur : «Une économie au service des 99%». Oxfam met en lumière les inégalités criardes observées en 2016 : les 500 personnes les plus riches du monde ont augmenté leur fortune cumulée de 237 milliards de dollars.

Le rapport officiel dresse une longue liste des risques à gérer. Ces risques ne sont pas nouveaux. Ils s’accumulent tous les ans car la misère s’installe de manière définitive sur toute la planète. Il souligne surtout l’accroissement des inégalités économiques dans le monde.

Les experts nous ont habitués à interpréter avec une certaine retenue les résultats de leurs travaux. La richesse des super-riches ne cesse de croître alors que le reste de la planète vit en dessous du seuil de pauvreté. En d’autres termes, la pauvreté, installée dans un building, prend les marches de l’escalier alors que la richesse d’une poignée d’individus prend l’ascenseur.

Ce rapport fera couler beaucoup d’encre comme d’habitude. Mais, peut-il changer le cours de la vie? Les décideurs du monde politique promettent chaque année des changements pour plus de bonheur. Mais le constat est toujours le même : la misère s’installe. Elle galope. En guise de réponse, les décideurs affichent un air de condescendance frustrant.

Le réveil des damnés ne s’est pas fait attendre. Nous avons eu en Occident le Brexit et l’élection de Donald Trump. Ces messages ramèneront-ils à la raison les fossoyeurs de la planète où une nouvelle flambée de nationalisme et de populisme fait son chemin? Les résultats des urnes révèlent une profonde crise systémique engendrée par la mondialisation sauvage. Le sursaut des citoyens de seconde zone conduira inéluctablement vers un nouveau protectionnisme. Les américains et les anglais en seront les promoteurs.

Le contexte social et économique de notre planète est pourtant alarmant. Les inégalités croissantes des revenus et des richesses vont constituer un risque majeur pour la paix et la stabilité dans nos sociétés. Les élections en cours et futures dans les nations démocratiques vont amener aux affaires les partis politiques extrêmes car le citoyen n’a plus rien à perdre.


Si rien n’est fait de manière concertée par ceux qui régissent les règles économiques, financières et sociales, le chômage structurel et l’instabilité politique vont s’accroitre. Le péril est bien désigné.

La gestion des inégalités est un risque majeur pour tous les pays. Une fois encore, nos décideurs imputeront les échecs des politiques économiques et sociales aux guerres, au réchauffement climatique ou aux migrations incontrôlées. Ils passeront sous silence les hausses abusives des impôts qui freinent la consommation, les évasions fiscales dans les paradis fiscaux, les fluctuations monétaires, l’optimisation fiscale, les montages offshores et les sociétés écrans.

Que nous réserver donc Davos 2017? Les maitres du monde cultivent l’art des promesses non tenues. Nous aurons encore droit à la manipulation des chiffres qui cadrent si bien les promesses et les réalisations. Un tour de passe-passe nous offrira un bouquet des écarts conjoncturels. Et comme ces alchimistes de la parole ne manquent pas d’air, ils nous présenteront, avec cet air de condescendance, les raisons qui justifient les écarts observés.

Davos ne changera pas le monde. Ce forum n’a ni les moyens, ni la volonté de réduire les inégalités dans le monde. Les pauvres n’ont plus qu’une alternative : travailler pour s’élever et s’émanciper. Pour cela, il faudrait qu’ils s’indignent.

Davos va clôturera sa grande messe annuelle avec un communiqué laconique invitant les décideurs à plus d’efforts. Sans contraintes !

Michel Lobé Etamé

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