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Lettre africaine aux candidats à la présidentielle française

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Mesdames et Messieurs les Candidats à la présidence de la République française

Vous êtes nombreux à faire le tour des mairies de votre pays en ce moment. C’est pour obtenir les 500 parrainages indispensables à votre candidature à la magistrature suprême. Beaucoup ne les obtiendront pas, ces signatures; aussi, je m’adresse à vous, les cinq grands candidats, pour vous dire ce que les Africains pensent profondément de vos projets pour votre pays.

Madame Marine Le Pen, je ne vous surprendrai pas en vous disant que les Africains savent que vous ne les aimez pas et qu’un adage continental dit que quiconque ne connaît pas la signification du mot racisme n’a qu’à répondre : «Le Pen, père, fille et petite-fille». Mais je peux vous dire que les Africains vous le rendent bien. Ils ne vous aiment pas non plus. En fait, ils n’ont pas peur de vous car ils savent que vous ne serez jamais présidente de la République française. Les sondages et les estimations, ils s’en foutent. Car, les ancêtres, les sorciers, les gris-gris, le vaudou, les grimbas, bref, toutes les puissances mystiques sont déployées contre vous, et vous ne gagnerez jamais. Demandez à Sarkozy. La même chose lui est déjà arrivée. Quand vous parlez, dans vos projets, d’une nouvelle monnaie française, vous pensez au franc cfa, votre cheval de bataille, l’immigration et les étrangers, c’est tellement ringard ! Supprimez le droit du sol, laissez les étrangers mourir de maladie, limiter le nombre d’entrées légales, mais vous rêvez, chère Madame ! Cela ne se peut plus.

Monsieur François Fillon, je voudrais juste vous avertir, avec tous les bruits qui courent autour de vos indélicatesses avec l’argent, que les chefs d’état africains ont décidé de ne plus verser un seul centime à aucun candidat aux élections présidentielles. La faute à qui ? A votre ancien patron, toujours Sarkozy, qui a honteusement et lâchement fait assassiner le président Khadafi qui menaçait de dévoiler tous les millions… que dis-je, les milliards qu’il lui avait versés pour sa campagne présidentielle. Alors, plus un kopeck, car même vos copains dictateurs africains les plus attardés ont compris que vous vous moquiez vraiment d’eux ! En plus, dans vos projets de gouvernance à propos d’immigration, vous copiez sur votre copine Marine Le Pen, car vous conditionnez les aides sociales aux migrants à deux ans de résidence en France. C’est absurde.

Monsieur Emmanuel Macron, bien que vous ayez, la semaine dernière, fait une déclaration vraie qui vous a attiré les sourires et les sympathies des Africains, vous restez néanmoins très suspect. Suspect aux yeux des chefs d’état africains, qui voient en votre jeunesse détrônant les vieillesses, un danger qui les guette. La France est un exemple dans ses anciennes colonies et vous imitez un peu trop un certain Sarkozy, toujours lui, qui avait trahi un certain Chirac…


Monsieur Benoît Hamon, beaucoup de jeunes idéalistes africains vous aiment. Votre idée d’un revenu minimum universel et de taxation des robots sont tellement vraies et avant-gardistes. Vous proposez de créer une brigade de lutte contre les discriminations. On espère que si vous êtes élu, le ministre chargé de cette brigade sera quelqu’un qui aura connu la discrimination et pas un énarque. Votre plan pour l’immigration, avec vos visas humanitaires qui garantiraient un droit au travail et le doublement du nombre de places en centres d’accueil ou centre de rétention paraît très louche. Quel Africain peut croire que vous pourrez délivrer des visas humanitaires dans vos ambassades et consulats alors que c’est au compte-goutte et à prix d’or que sont délivrés les visas touristiques normaux.

Monsieur Jean-Luc Mélanchon, en lisant vos projets de gouvernance, on a envie de chanter un cantique pour célébrer le pays des bienheureux que sera la France quand vous serez président. Le SMIC à 1 300 euros nets, passeé à 32 heures de travail, la création d’un impôt universel et, surtout, l’instauration d’une sixième république ! Ah, qu’elle sera douce et qu’elle sera bonne, cette France de Jean-Luc Mélanchon ! Nous n’arrivons pas tout-à-fait à danser quand vous annoncez le développement de la coopération dans les pays d’immigration. Nous nous disons, la politique française en Afrique et pour l’Afrique serait-elle toujours bonnet blanc et blanc bonnet ?

Au point où en sont vos projets, je vous avoue, Madame et Messieurs les candidats, que je ne vais ni sauter de joie, ni danser et je ne pense vraiment pas pouvoir tous vous embrasser. Revoyez d’abord vos copies, et surtout vos projets pour l’Afrique.

 

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