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Marrakech: un dispositif renforcé pour une COP22 sécurisée

Dans la cour du BCIJ, des officiers immobilisés pendant des heures © Journalducameroun.com

Sur le sujet, le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur et le directeur du Bureau central d’investigation judiciaire au Maroc ont fait le point avec la presse mardi, 06 septembre 2016

Rue de la paix à Salé, une ville proche de Rabat. Un officier en cagoule appartenant à l’unité d’intervention spéciale à l’entrée du Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ) du Maroc. Imperturbable, le regard figé, arme à la main, il assiste à la descente de la délégation des journalistes venus s’entretenir ce mardi, 06 septembre 2016, avec le directeur du BCIJ, Abdelhak El Khayam.

« Oula ! Ils me font peur », s’exclame une journaliste togolaise. « Nous sommes tous morts », s’amuse à dire un journaliste congolais. « A ya yaï », rigole un journaliste centrafricain. Tous, en sortant du bus qui nous y conduisait. Je me demandai ce qui pouvait susciter ce type de réactions jusqu’à ce que je sois moi-même sortie du bus. A l’intérieur du BCIJ, des officiers en cagoules, six à sept par rangées, positionnés de la même manière que celui de l’entrée, comme des statues vivantes. Et notre présence n’y changera rien. « Saisissant », comme l’a indiqué une cons ur du Cap-Vert, c’est le moins que l’on puisse dire. On en vient même, pour un instant, à oublier ce qui nous y amène, tant on est « fasciné » par le dispositif sécuritaire, humain et matériel mis en place, ici, au Bureau central d’investigation judiciaire du Maroc.

L’entrée du Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ) du Maroc, mardi, 06 septembre 2016 à Salé © Journalducameroun.com

Le BCIJ

A l’ordre du jour, « l’expérience marocaine en matière de lutte contre le terrorisme ». Mais avant les échanges avec Abdelhak El Khayam, une visite guidée du BCIJ, produit d’un « long processus de lutte contre le terrorisme », souligne son directeur. « Face à la menace globalisée, le Maroc a mis en uvre une stratégie sécuritaire multidimensionnelle ». Notamment « l’anticipation et la lutte contre les facteurs qui alimentent la montée de l’idéologie extrémiste : la précarité et l’exclusion sociale parallèlement à la mise à niveau du champ religieux et la réhabilitation des lieux de culte en tant qu’espace de vulgarisation des valeurs tolérantes de l’islam ». Abdelhak El Khayam soulignera alors que « les efforts déployés pour endiguer le terrorisme et lutter contre la radicalisation ont abouti à la mise en place d’une stratégie globale qui est multidimensionnelle. Tant sur le plan socio-économique que sécuritaire ». Et ce, dans le « respect total des droits de l’homme et des différentes chartes internationales y afférentes ».

Le gymnase réservé à l’entraînement des officiers de la BCIJ © Journalducameroun.com

A chaque porte, un garde. Du gymnase réservé à l’entraînement pour les officiers, nous remontons les escaliers et longeons une allée, pour arriver aux dortoirs. Dortoirs en haut, cuisine en bas. Des chambres alignées, des lits dressés, des couvertures bleues, une salle de bain, un placard. « Ce sont des logements temporaires pour des personnes qui ont une mission à faire », nous explique le guide. « Le bureau fonctionne 24H/24 et peut loger une trentaine de personnes », ajoute-t-il. Autant il y a des logements pour les fonctionnaires, autant il y en a pour les personnes en garde à vue. Un centre de santé est également ouvert pour les deux catégories. « Les personnes en garde à vue sont mêmes parfois mieux traitées que les fonctionnaires. Vous pouvez le vérifier en toute transparence si vous faites une demande au siège du BCIJ », souligne le guide marocain.

Le Bureau central d’investigation judiciaire regroupe plusieurs types d’unités et des brigades opérationnelles pour un système sécuritaire spécial. Mais certaines restent confidentielles. Impossible de les visiter…

Des journalistes attentifs pendant l’exposé du directeur du BCIJ © Journalducameroun.com


Le terrorisme et l’expérience du Maroc, utile à la COP22
Nous voici (les journalistes et le protocole) redescendant les escaliers, pour nous rendre dans la salle de conférence du BCIJ. Une fois assis, il faut faire silence, et laisser la parole au directeur Abdelhak El Khayam dont le secteur est chargé de veiller à la sécuritaire des personnes et des biens en territoire marocain, alors que le pays s’apprête à accueillir la COP22.

« Au Maroc, la loi antiterroriste a été promulguée en 2003 à l’unanimité. A ce jour, le royaume compte 100 structures démantelées et 2 913 personnes interpellées ».

De pays d’émigration dans les années 60 à pays de transit, depuis les années 90, le Maroc est rapidement devenu un pays d’immigration. Ne coure-il pas le risque de voir des immigrants clandestins (bon nombre d’africains parmi lesquels les Camerounais par exemple arrivent au royaume par la trajectoire Bénin-Algérie-Maroc, avant de pouvoir rallier l’Europe) victimes de la précarité et des conditions de vie difficile devenir de bons candidats pour le terrorisme ? L’action du gouvernement pour lutter contre l’endoctrinement des jeunes à la recherche de l’emploi concerne seulement les nationaux ou intègre aussi les immigrés ? Aux deux questions, le directeur du BCIJ répond respectivement par « non » et « oui ». Au sujet des immigrants, l’officiel assure que des dispositions de surveillance et de contrôle sont prises. « Nous ne pouvons pas chasser nos frères qui entrent clandestinement. Ils sont chez eux ici. Mais s’il y a des personnes malveillantes, elles seront immédiatement repérées ».

Sur le pupître, Abdelhak El Khayam, directeur du BCIJ © Journalducameroun.com

Le Maroc, qui a connu son premier attentat en 1994 se dit donc « prêt » sur le plan sécuritaire à accueillir la COP22, et « outillé » pour faire face à tout type de scénario imaginable.

D’après le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Charki Draiss, rencontré en matinée, « Le Maroc, qui représente l’Afrique, a conclu un accord avec les Nations Unies pour lui prêter toute l’assistance voulue pour assurer la sécurité optimale. Nous engageons un personnel important. Le reste relève de la compétence exclusive des autorités marocaines. Toutes les mesures, tous les scénarios, tous les défis que nous pouvons affronter à ce moment-là sont envisagés par les autorités et cellules marocaines. Il y a une coordination parfaite opérée sous la conduite du ministère de l’Intérieur entre tous les services (police nationale, gendarmerie royale, etc.) Couverture totale de la ville de Marrakech, assure Charki Draiss. Des polygones « sécurisés », décors « spécialisés », hôtels « bien identifiés », circuits « bien assurées », prise en charge des délégations dans tous les déplacements « déterminés et encadrés ».

Charki Draiss, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur du Maroc © Journalducameroun.com

Les différents sites seront « prêts le jour-j et le pays est suffisamment armé pour garantir un déroulement normal de la COP22. Les services de sécurité marocains font face depuis pas mal de temps à des projets terroristes. On doit être tous les jours vigilants. Et dans ce sens, nous coopérons avec d’autres pays frères », a ajouté Charki Draiss. Le Maroc s’engage ainsi à mettre son expérience à la disposition de tous, notamment ceux en guerre contre le terrorisme (à l’exemple du Cameroun, du Nigéria, du Tchad et du Niger face à Boko Haram). Une occasion, pour le royaume, de renforcer sa coopération avec les pays africains.

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