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Paul Biya et les siens rattrapés par le contentieux historique national au Cameroun occidental

Où est passée notre indépendance? Nous exigeons la restauration de notre indépendance! »
C’est le cri de certains « anglophones », alors que d’autres se battent pour le fédéralisme…
Chaque chose a son temps, chaque chose a ses limites! L’heure de la Vérité Historique longtemps cachée, a sonné dans notre pays.

L’UPC décapitée, l’UPC écrasée, l’UPC divisée et multipliée, la France et ses laquais camerounais croyaient le tour joué pour des décennies et des générations, ils s’étaient convaincus d’avoir définitivement pris le dessus sur la volonté de notre peuple à prendre son destin en mains, et à être le véritable et l’unique maître du Kamerun.

La France s’est trompée…

Bien entendu, le problème posé aujourd’hui peut paraître différent puisque les temps sont autres, mais cette crise « anglophone » qui désarme Mr Biya et les siens, démontre la clairvoyance et la justesse des positions politiques des pères fondateurs de l’UPC.

Pourquoi ce qui est appelé crise « anglophone » aujourd’hui ne peut pas être résolu par Mr Biya ? Pourquoi tout le monde évite d’appeler cette crise par son nom?

Pourquoi l’état camerounais est-il obsédé par un éventuel « agenda caché » des patriotes « anglophones« ? De quel « agenda caché » s’agirait-il?

Pourquoi le fédéralisme a-t-il été abandonné? Pourquoi la décentralisation n’a jamais abouti? Pourquoi la décentralisation et le fédéralisme aujourd’hui eux seuls, ne peuvent pas être la solution de cette crise?
Appeler cette crise par son nom.

Au moment où le gouvernement camerounais est en train de remplir ses prisons avec les patriotes « anglophones », au moment où notre pays traverse l’une des crises les plus importantes de sa jeune histoire, de plus en plus de voix se lèvent, pour expliquer ce qui se passe et pour chercher des solutions, mais l’on se rend rapidement compte avec beaucoup de tristesse que tout le monde évite de dire la vérité sur l’origine réelle de la crise, car un véritable malaise s’est emparée de la classe politique camerounaise et les oblige à jouer aux autruches.

Le gouvernement et ses griots n’appellent pas cette crise par son nom, les « anglophones » non plus, même ceux qui se réclament de l’UPC, ceux-là même les plus intéressés à ce que le pays et le monde entier sachent réellement ce qui se passe dans notre pays n’en parlent pas…il est pourtant certain que notre pays est en marche!

Une marche lente bien sûr, mais une nouvelle marche vers son Indépendance « suspendue » et entravée par le contentieux historique Franco-Kamerunais.

« kunde i séki! Kunde i séki! Kunde i séki!  » disait le Mpodol Ruben Um Nyobe quelque temps avant son assassinat.

Cet état camerounais crée dans la Violence et dans le Sang essaie d’étouffer l’élan d’expression et de liberté qui s’éveille progressivement dans le pays, mais cette fois-ci c’est une bataille perdue d’avance, car le monde a évolué, nous ne sommes plus dans les années cinquante et soixante, les patriotes « anglophones » et « francophones » ont eu le temps de vivre et de souffrir dans leur chair, toutes les limites de la gouvernance néocoloniale : les choses ne seront plus comme avant!

La justesse des positions upécistes : « où est passée notre indépendance? Nous exigeons la restauration de l’indépendance du Cameroun occidental! » …pourquoi la réunification n’est-elle plus réclamée aujourd’hui ?
Cette réclamation de l’Indépendance de nos frères  » anglophones » est juste et fondée, mais elle apparaît partielle et incomplète, puisqu’elle montre très bien combien les véritables patriotes « anglophones » devraient corriger leur tir en intégrant leurs revendications dans le contexte national et en exigeant l’Indépendance de tout le Kamerun.

Car ce qui est à l’origine des problèmes actuels a une histoire qui vient de loin: c’est le résultat des trahisons, des mauvais choix et des échecs de notre passé commun.

Le fait que la lutte actuelle ait commencé au Cameroun Occidental ne la limite pas seulement dans cette zone, elle est le combat de tout notre peuple, elle est la continuité de la lutte qu’a commencé l’Union des Populations du Cameroun dans les années quarante pour le Bien-être et l’Émancipation de toutes nos populations. La nécessité, la soif de notre Indépendance sont ressenties partout dans le pays car malgré tous les sacrifices des générations passées, le Kamerunais ne s’est jamais senti le véritable maître de son pays!

Les trahisons d’hier et les erreurs d’aujourd’hui.
Ce Cameroun qui est critiqué aujourd’hui par certaines élites « anglophones » a été créé AVEC la complicité active des « anglophones« , oui! Ce Cameroun qui a discriminé et discrimine les « anglophones » est une œuvre de la trahison des élites « anglophones« , il faut le dire aujourd’hui, il faut le crier afin que la génération « anglophone » actuelle relativise ses positions et ne commette pas les mêmes erreurs car Hier, les Foncha, Endeley, Muna, etc, avaient fait un choix délibéré pour le néocolonialisme et pour cette mauvaise Réunification: où étaient-ils? que faisaient-ils lors des génocides dans les pays Bassa et Bamileké ? Où étaient-ils et que faisaient-ils lorsque les Tankeu Noé et les Makanda étaient publiquement massacrés? Où étaient-ils lorsque pendant dix ans, le président Ernest Ouandié résistait et luttait les armes à la main pour une véritable indépendance et pour une juste réunification? Oui où étaient les Muna lors de l’assassinat du président Ernest Ouandié?

Le fait que Ndeh Ntumazah se soit exilé et que l’illustre Albert Mukong ait passé toute sa vie en prison prouve très bien la trahison des élites « anglophones » dans la construction de ce Cameroun néocolonial sous les bottes françaises. Ce passé de trahison devrait inviter les véritables patriotes « anglophones » à plus d’ouverture envers leurs frères « francophones » puisque seuls, ils ne s’en sortiront pas.
3° La parabole de la tortue…à nos frères « anglophones ».


La sagesse bantoue nous enseigne à ne jamais nous précipiter sur la tortue que l’on trouve sur la table de notre salon…car elle ne s’y est pas mise seule, c’est bien quelqu’un qui l’a posée: les upécistes n’ont pas échoué parce qu’ils étaient moins patriotes ou bien parce qu’ils n’étaient pas intelligents…la lutte pour le Kamerun doit être nationale!

Cette lutte actuelle ne réussira que parce qu’elle sera nationale ou bien elle ne réussira pas!
Aux « francophones » d’exiger leur Indépendance !
Où sont-ils? demandait l’artiste…oui où sont-ils? Ceux-là qui se réclament de l’UPC, où sont-ils pour exiger cette Indépendance pour laquelle des centaines de milliers de patriotes upécistes ont donné leur vie?

Où est passée notre Indépendance dont ne parle jamais le président Biya et son gouvernement?
Où est passée notre Indépendance qui n’a jamais été célébrée par notre peuple ?
La fébrilité dont fait montre le gouvernement camerounais en emprisonnant sans discernement les « anglophones » prouve bien qu’il est dépassé et sans armes face à cette crise qui l’a entraîné dans un cercle vicieux d’exigence d’Indépendance et de Souveraineté.

La décentralisation, le fédéralisme et la sécession…
Contrairement à ce qui se dit, le gouvernement camerounais n’aurait pas beaucoup de mal aujourd’hui à accepter enfin la décentralisation effective ou même un certain fédéralisme.
Le blocage du gouvernement réside aujourd’hui dans sa connaissance des causes profondes de cette crise. Le régime est bien conscient que la crise actuelle touche et remet en cause les fondements de l’état camerounais qui a été crée essentiellement pour servir les intérêts de la France.
C’est la raison pour laquelle le fédéralisme a échoué, c’est pourquoi la décentralisation n’a jamais été concrétisée.

La remise en question des relations avec la France
Plus que quiconque, le gouvernement sait très bien que cette crise n’est qu’une manifestation du contentieux historique national crée par le contentieux historique Franco-Kamerunais, que le changement de la forme de l’état ne pourra pas satisfaire les revendications légitimes de notre peuple (« anglophone » et « francophone »).

Le blocage du gouvernement se situe dans ce qu’il appelle « agenda caché » car qui réclame l’Indépendance tient à sa Souveraineté. Qui revendique sa Souveraineté veut se délivrer des menottes du FCFA et du compte d’opérations, puisque le maintien du FCFA est une manifestation de l’esclavage et/ou du racisme. Parler en ces termes suscite très souvent des réactions inappropriées de nos compatriotes, puisque ce qui est caractérisé par certains intellectuels de notre pays comme une relation d’Amour-Haine entre le Kamerun et la France gouvernementale, cache autre chose: un Malaise, une mauvaise relation entre nos deux pays puisque si Haine il y aurait,qui haïrait qui en réalité? Celui qui méprise ou bien celui qui est méprisé? Celui qui exploite ou bien celui qui est exploité?
Le plus souvent en politique, lorsque l’on ne veut pas réfléchir sur un problème délicat comme celui-ci, on l’évacue en évoquant le racisme…

Peut-on avoir une idée de ce que pensait le général De Gaule des africains lorsqu’il leur imposa le FCFA?

Que pensent réellement les dirigeants français successifs des africains, lorsqu’ils tiennent à maintenir le FCFA alors qu’ils n’admettraient pas un seul instant l’utilisation d’une telle monnaie pour leur pays?
Quelle est la véritable nature des relations des dirigeants français avec l’Afrique?

Le président Poutine a dit que l’Occident ne tient à traiter les autres qu’en vassaux…ce ne serait donc peut-être pas le racisme, mais le président Zuma lui aussi, a dit la même chose sur l’Occident. Le président Zuma a dit que l’Occident continuait à traiter les africains en vassaux, ce serait l’exploitation esclavagiste et pas le racisme?

Dans tous les cas de quel côté serait la Haine? Du côté du maître ou bien de celui de l’esclave?
Lorsque l’ancien président français Jacques Chirac a reconnu que la grande partie de l’argent qu’il y a en France provient de l’exploitation de l’Afrique depuis des siècles, il a demandé aux dirigeants français du Bon Sens dans leur relation avec l’Afrique, il ne leur a pas demandé de la générosité.

Cette crise « anglophone » a un nom qui est le contentieux historique national au Cameroun Occidental. Elle ne sera véritablement dépassée qu’avec la solution du contentieux historique franco-kamerunais.

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