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Procès d’activistes anglophones: première audience sous fond de polémiques

Le procès de trois leaders de la contestation anglophone s'est ouvert le 13 février 2017 au Tribunal militaire de Yaoundé

Fontem Afoteka’a, Nkongho Félix Agbor Balla et Mancho Bbc étaient à la barre lundi pour entendre l’énoncé des charges retenues contre eux. Cette opération a été stoppée pour défaut de traduction

Le procès opposant l’Etat du Cameroun aux activistes anglophones, Fontem Afoteka’a Nkongho Félix Agbor Balla et Mancho Bibixy alias Bbc, s’est tenu lundi, 13 février 2017, sous fond de polémique.

Alors que l’audience était réservée à l’énoncé des charges retenues contre les prévenus, ces dernières n’ont pas pu être signifiées aux concernés pour défaut de langue. L’acte d’accusations avait été produit en français, alors que les accusés sont d’expression anglaise. Pour pallier à cette situation et s’assurer de la compréhension, par les accusés, des tords retenus contre eux, la Cour a fait appel aux services d’un interprète. Seulement, le désigné étant étranger au métier, l’appropriation du vocabulaire juridique s’est avéré difficile pour lui, rendant alors inexacte la nature des chefs d’accusation en langue anglaise.

Fontem Afoteka’a Nkongho Félix Agbor Balla et Mancho Bibixy sont accusés de « coaction de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution, insurrection, outrage à corps constitués et aux fonctionnaires« . Des faits de rébellion en groupe et de défaut de carte nationale d’identité sont en plus reprochés à Mancho Bibixy. Tandis que Fontem Afoteka’a et Nkongho Félix Agbor Balla sont également jugés pour excitation à la guerre civile, et propagation de fausses nouvelles.

Il est concrètement reproché à l’animateur de radio Mancho Bibixy d’avoir «commis des actes susceptibles de causer la mort, d’engendrer des dégâts physiques et matériels, de semer la terreur, de revendiquer la division du Cameroun et la création d l’Etat d’Ambazonia, et d’avoir outragé, sans preuves, le président de la République». Tandis que de leurs cotés, Fontem Afoteka’a et Nkongho Félix Agbor Balla sont inculpés pour avoir «pousser les habitants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à s’armer contre les autres populations du Cameroun

De la traduction faite, il ressort que les nommés sont accusés d’avoir causé la mort. Toutes choses qui ont suscité l’indignation du conseil de la défense – représenté par Me Charles Tchoungang, Me Ben Muna et Me Patrice Monthe – et de la centaine d’avocats présents à cette audience.

Pressentant visiblement un potentiel report du procès, les bâtonniers Ben Muna et Tchoungang ont demandé, «sous réserve de l’avis des accusés», la poursuite de l’audience sans actes d’accusation. Ils ont cependant dénoncé le fait que les accusés ont été enlevés de leurs régions d’origine, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, pour être jugés à Yaoundé.
«Notre système judiciaire est formé sur le fait que dans chaque chef de région, sauf dans les départements spéciaux comme Nkongsamba, il y a un tribunal militaire. I il n’y a aucune raison de faire voter une loi qui dit que pour certaines infractions, le tribunal de Yaoundé seul est compétent. Nous avons eu tout de suite des difficultés dans la traduction de l’acte d’accusation et ce sera pareil tout au long du procès. Cette situation révèle le véritable problème que posent nos compatriotes anglophones. On se rend compte qu’effectivement, on les entraine tout le temps chez nous pour leur imposer notre façon de vivre. Il est là le débat de fond», a déclaré Me Charles Tchoungang à l’issue des débats.

Fontem Afoteka’a Nkongho Félix Agbor Balla et Mancho Bibixy plaident non coupables des chefs d’accusation retenus contre eux.

Procès à tendance historique

Le procès de Fontem Afoteka’a, Nkongho Félix Agbor Balla et Mancho Bbc, est de l’avis du conseil de la défense, une répétition d’un fait marquant de l’histoire du Cameroun. Selon Me Ben Muna et Me Tchoungang, l’arrestation du trio pour avoir exercé leur liberté de «penser, d’association, de conscience et la liberté d’expression»] en revendiquant le retour au fédéralisme, est semblable à l’affaire ayant opposé l’Etat à des Camerounais ayant réclamé le multipartisme dans les années 1990.

Pour eux, il s’agit d’interroger l’effectivité de l’Etat de droit au Cameroun. «Le chef de l’Etat avait déclaré dans un discours que les Camerounais n’auront plus besoin de passer par les maquis pour exprimer leurs opinions», a indiqué Me Tchoungang citant le président Paul Biya.


En posant ainsi les contours du dossier, la défense tente de réorienter les débats vers la légitimité des mesures adoptées par l’Etat pour mettre un terme aux manifestations organisées dans les régions anglophones du pays en novembre dernier ; et l’usage  de la violence utilisée.

«La violence de l’Etat est gouverné par le principe de la légalité et de la constitutionnalité. Nous avons signé des accords internationaux, nous avons le préambule de la Constitution qui fixe un certain nombre de droits fondamentaux, notamment celui du procès équitable. Nul ne peut être poursuivi ou arrêté que dans les formes prévues par la loi. Or ces formes ici  n’ont pas été respectées », s’insurge Me Tchouungang.

Procès sous haute sécurité et vice de forme

L’audition des témoins est une étape phare de l’audience tenue lundi sous haute sécurité. Les éléments des forces de l’ordre en uniforme et en civil se sont mobilisés dans la salle d’audience afin d’intervenir rapidement en cas de nouvelles altercations.

Le 01er  février, une altercation était survenue au Tribunal entre un des responsables du tribunal et des avocats venus s’enquérir  des raisons du report du procès des trois leaders anglophones. L’atmosphère est devenue tellement électrique que tous les journalistes avait été priés de quitter les lieux, à l’exception des reporters de la Crtv, la télévision d’Etat.

Après avoir entendu les charges présentées par le commissaire du gouvernement, il était attendu de ce dernier qu’il auditionne ses témoins afin que ces derniers étayent sa version des faits. Seulement, il n’en a pas été ainsi, le ministère public a dit poursuivre ses investigations. Lesquelles consistent à ce jour, à «l’identification des témoins».

« C’est l’accusation qui engage des poursuites, quand elle vient, elle vient avec des témoins pour étayer les charges. C’est elle qui arrête les charges ce n’est pas nous. S’il n’y a pas de témoins ça pose problème« , souligne Me Patrice Monthe.

Le procès est reporté au 23 mars pour présentation des témoins du ministère public.

 

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