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Tous dépressifs !

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Les préjugés et idées reçues créent des blocages chez ceux qui souffrent de dépression.

“Au Cameroun, par ordre de fréquence, il faut dire que la dépression est la maladie mentale la plus fréquente. Le taux de prévalence varie  entre 5% et  10%”, déclare le Dr Jean Pierre Kamga Olen. Mais au-delà des dires de ce scientifique, cette maladie reste une pathologie honteuse encadrée d’idées reçues dans le contexte camerounais. Pour certains c’est un sujet anodin voir même risible. Une chose qui n’arrive que dans les films.  “ Ce sont les maladies des Blancs”, entend-on. Raconter à un proche avoir été diagnostiqué dépressif, c’est récolter moqueries et railleries. On en rit, il y a bien pire dans la vie que d’être déprimé.

Le moqueur ne manquera pas de minimiser le souci de montrer à quel point le problème du malade n’est rien par rapport à ceux des autres. Il suggérera une visite dans l’un des hôpitaux de la place pour voir les gens qui ont de “vrais problèmes”. Pour ne pas aider, le moqueur viendra se moquer après le choc provoqué chez le dépressif à la vue des souffrances des autres.

La surdité de notre société est un facteur aggravant de la dépression de certains individus. Prenez une femme qui vient de perdre son mari. Après les obsèques, si la femme reste triste, on lui reprochera de trop en faire. “Elle pense être la seule à avoir subi une telle perte?”, se questionneront certains. En revanche, si elle sourit, on lui reprochera de ne pas assez porter le deuil. Dans l’un et l’autre cas, la femme est fragilisée et donc sujette à la dépression.


Dans notre contexte, tout est surmontable. Il n’est pas tolérable d’avoir les nerfs fragiles même dans les plus grands moments de tristesse. Une femme qui craque suite à toutes les attentes que la société, ses enfants et son mari, projettent sur elle, est traitée d’incapable. Elle n’est pas digne d’être appelée femme. Une femme c’est celle qui gère tout, se réveille avant tout le monde et se couche après tout le monde, sans jamais se plaindre encore moins être déprimée.

La société camerounaise se montre encore plus intransigeante quand il s’agit de dépression des hommes. Un homme doit être fort. S’il déprime suite au décès de sa femme, on dira qu’il l’a livré dans une secte à laquelle il appartiendrait,  et c’est son esprit qui le hante. Si c’est parce que sa femme l’a quitté on vous parlera de folie. Dans la mesure où sa dépression est liée à la perte de son travail, là alors, aucun doute, il a « trempé dans des affaires compliquées » et maintenant on pose des conditions qu’il n’arrive à respecter.

A cause de tous ces préjugés, plusieurs personnes autour de nous souffrent et n’osent pas en parler. Elles choisissent de se murer dans un silence destructeur qui, au meilleur des cas, les referme sur elles-mêmes et au pire des cas, les conduisent au suicide.

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