Société › Kiosque

Yaoundé: le fumet de la manipulation repéré

© Droits réservés

Un tract relatif aux revendications des anglophones a été distribué le 12 janvier au campus de l’ENS, dans le but de rallier des élèves-professeurs à la cause

«As an anglophone student, you must express your solidarity to the elders. Our educational system can not be gobbled up!» Sur fond blanc d’un papier glacé, deux phrases et même une pointe d’injonction précisent qu’il se passe quelque chose ce 12 janvier à l’ENS de Yaoundé. Mais quoi donc ? Clairement, vers 10 heures à l’entrée de l’institution, un verrou saute sous nos yeux : un jeune tribun, presque déséquilibré par sa propre tornade de d’adrénaline, entretient un groupe d’étudiants sur le contenu du tract. A l’observation, c’est dix minutes de communication politique ponctuée par un cri de ralliement guerrier prononcé à l’unisson.

«Stop it now !», entend-on. A l’analyse, bien difficile de ne pas faire rimer cette scène avec le discours dépressif des revendications des enseignants camerounais d’expression anglaise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest du pays. Pressé de filer vers une voiture grise de marque Toyota VX, immatriculée NW 841 A, l’ «orateur» balance : «I am relying on you to push for this» (Je compte sur vous pour exercer les pressions nécessaires dans ce sens, NDLR).

L’affaire semble sérieuse et aiguillonne la curiosité. Auprès du groupe resté à lire le tract, le reporter apprendra que leur «interlocuteur» revendique son appartenance à l’un des syndicats des enseignants en grève. Au-delà, il a dit être le porte-voix de la contestation qui, depuis la fin d’année dernière, s’est donné pour mission de «stigmatiser un système éducatif perçu comme inégalitaire, sinon discriminatoire». A dire vrai, le campus de l’ENS de Yaoundé ne constitue qu’un crochet préparatoire du «vaste mouvement contestataire destiné à faire pression sur le gouvernement». Ce matin, le «distributeur de tracts» a fait passer des messages ornés par des éloges bien commodes de la méthode dite «anglophone» contre la « méthode francophone. Ici, il a lancé des flèches vers ce qu’il a appelé «une vieille pédagogie durcie en satanés programmes». Là, il a procédé à la justification de la révolte dans le Nord-ouest et le Sud-ouest. Au final, apprend-on, il a prôné un projet de société d’affrontements communautaires qui confine à la guerre civile.


Manip

Dans sa prétention d’être au parfum de l’actualité tant à Bamenda qu’à Buea et leurs environs, l’homme a surtout soulevé la problématique d’une année blanche dans ces zones. D’après le groupe d’étudiants de l’ENS de Yaoundé qui lui a prêté une oreille, cet activiste a semé des éléments éclairants sur les desseins de certains. «On l’a écouté (rires). En fait, son argumentaire a surtout relevé de l’inversion accusatoire, tapis rouge de la manipulation victimaire qui absout certains de toute faute, balise l’écho de zéro école dans cette partie du pays pour le compte de l’année en cours», analyse Mbong Kenneth Nanè. «C’est un raisonnement pervers qui ouvre la porte à toutes les soumissions, toutes les cécités», tranche cet étudiant en 3ème année de lettres bilingues.

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut